Guillaume Canet s’essaye au thriller sentimental. Une œuvre hybride, bourrée de maladresses mais non exempte de savoir-faire, et portée par une distribution aux petits oignons.
L’argument : Sa femme Margot a été sauvagement assassinée par un serial killer. Totalement détruit, Alex ressasse jour après jour le souvenir bouleversant de son amour perdu.
Huit ans ont passé. Alex reçoit un e-mail anonyme. Il clique : une image, le visage d’une femme au milieu d’une foule, filmé en temps réel. Celui de Margot...
Notre avis : Quatre ans après la réussite de Mon idole, Guillaume Canet revient à la mise en scène avec un projet autrement plus ambitieux. À la fois drame sentimental et thriller (genre relativement peu prisé des réalisateurs français), c’est du côté du cinéma hollywoodien qu’il puise son inspiration pour Ne le dis à personne. Il adapte d’ailleurs le roman éponyme de l’Américain Harlan Coben. Essai à demi transformé.
La première demi-heure du film fait craindre le pire. Tout sonne faux dès la scène d’ouverture qui réunit la plupart des protagonistes. Le drame met un temps fou à se nouer. Et une scène de mariage et funérailles mêlés particulièrement pesante (plan final impardonnable à l’intérieur du crématoire), un recours systématique à des gros plans peu inspirés font craindre de passer un très sale quart d’heure cinématographique. Mais contre toute attente, quand notre désespoir commence à s’ancrer dangereusement, le thriller démarre et le film avec.
Le véritable tournant intervient avec la scène centrale de la poursuite qui fait basculer le pauvre médecin cerné de toutes parts et obsédé par les possibles retrouvailles avec celle qu’il croyait avoir perdue. Très longue séquence spectaculaire qui réussit à installer une tension qui ne retombera plus, malgré une intrigue alambiquée au possible (dont la résolution est d’ailleurs à peine compréhensible, sans même parler de crédibilité). Canet se départit pourtant difficilement de la tentation d’en faire trop et reste beaucoup plus à l’aise dans l’action que dans le drame sentimental, qui verse systématiquement dans la mièvrerie. Il ne parvient donc jamais à trouver d’unité.
Ce qu’il a en revanche très bien réussi, c’est à s’entourer d’une distribution impressionnante, composée d’excellents acteurs visiblement aimés et servis en conséquence. Une cascade de contre-emplois dans lesquels font merveille Scott-Thomas, Dussollier, Baye, Berléand, Rochefort, Croze, Hands et les autres. Quant à François Cluzet, il apporte sa sensibilité à ce personnage humain, amoureux et brisé, prêt à tout. Ils font beaucoup pour cette œuvre hybride, mêlant de belles qualités à de criants défauts.
Les suppléments
Une édition qui n’a pas volé son label collector. Rien n’a été laissé au hasard dans la conception du DVD, visiblement anticipé dès le tournage de l’œuvre. La preuve avec un making of de 52 minutes, parfaitement réalisé, bénéficiant d’un montage percutant qui revient sur tous les temps forts de la création du film - l’écriture, le tournage, les cascades... Guillaume Canet y fait preuve d’une belle conviction de jeune cinéaste ; il fourmille d’idées et s’avère bien directif pour aller jusqu’au bout de ses ambitions. Vraiment intéressant.
Vingt scènes supplémentaires (ou rallongées) sont également proposées, avec ou sans les commentaires toujours pertinents du jeune réalisateur. Entre l’humour de certains passages et des moments de psychologie forts (la rencontre touchante avec la mère de Cluzet dans les jardins d’un hospice), on n’y perd pas son temps. On passera sur le bêtisier d’usage, toujours aussi inutile, et les dernières plans de quelques comédiens (en l’occurrence Canet s’amuse à filmer la réaction des acteurs lorsqu’ils viennent d’achever le tournage de leur ultime scène ; sympa, mais on aurait aimer y voir surtout la réaction des célébrités comme Baye, Dussolier ou Kristin Scott Thomas). Dernier supplément du disque, un court métrage du réalisateur, J’peux pas dormir avec Vincent Elbaz, qui permet de retrouver le style de l’artiste (très américain) dans une copie correcte, mais qui aurait nécessité un meilleur contraste.
Image & son
L’image est d’une grande beauté. L’éclairage est fin, la balance des couleurs délicate, le contraste équilibré, ce qui donne l’impression d’une fluidité remarquable à l’image de la réalisation stylée.
Le son dolby digital 5.1 et DTS ne sont pas des plus percutants, mais donnent dans la finesse et aident à étoffer l’ambiance lancinante. Ils offrent de l’ampleur à la jolie partition de M. Même si les arrières sont peu sollicités, le 5.1 est assez convainquant, mais on lui préfèrera la piste DTS plus éclatante mais pas époustouflante pour autant en raison du manque d’effets sonores.