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vendredi 19 mars 2010

  S.S. de charme

Salon Kitty - la critique

 

 

A la lisière du film d’auteur et du pur produit d’exploitation, Salon Kitty fait rimer érotisme et nazisme avec un certain talent. Intrigant pour certains, honteux pour d’autres.

L’argument : Wallenberg, un nazi arriviste, est chargé de recruter et de former de jeunes et belles militantes afin quelles deviennent des espionnes de l’amour dans le célèbre bordel de Madame Kitty. Elles doivent espionner pour le parti, mais, évidemment, l’une d’elles tombe amoureuse...

Notre avis : Le cinéaste italien Tinto Brass est au début des années 70 un artiste peu connu, n’ayant à son actif que quelques longs métrages qui n’ont pas marqué les esprits. On lui reconnaît tout de même un certain talent pour détourner les codes habituels des genres qu’il aborde, attitude symptomatique de son tempérament frondeur et anarchiste. Pourtant, il lui faudra attendre le milieu des années 70 et la libération des mœurs pour pouvoir s’exprimer pleinement. Le scandale provoqué par la sortie de Salo ou les 120 jours de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini qui décrivait avec une certaine complaisance les tortures infligées par des fascistes à un groupe de jeunes gens, lui ouvre la voie d’un cinéma radical convenant à merveille à son esprit profondément libertaire. S’emparant d’un sujet sérieux - l’histoire vraie d’un bordel de Berlin mis sous écoute afin d’espionner les soldats qui venaient s’y prélasser -, Brass emboite le pas de Pasolini et compte choquer le bourgeois. Pour cela, il met le paquet et lance involontairement la mode de la "nazixploitation" - série de films racoleurs tournés pour la plupart entre 1976 et 1980 prenant pour cadre les camps de concentration nazis et multipliant scènes de tortures et de sexe afin de titiller le voyeurisme du public masculin.
Si on dénombre fort peu de bons films dans cette honteuse exploitation d’une situation historique abominable, Salon Kitty (1976) demeure une exception à la règle : grâce à un budget confortable, Brass soigne sa reconstitution du Berlin des années 40 et parvient à nous intéresser à son intrigue pourtant assez minimaliste. Sa mise en scène alterne le bon - de beaux travellings et une photographie très soignée - et le pire - un abus parfois trop évident de zooms, tic visuel inhérent à de nombreuses productions transalpines de l’époque. Il s’appuie également sur un casting trois étoiles en reformant le duo pervers des Damnés (1969) de Luchino Visconti, autre référence évidente du film, à savoir Helmut Berger et Ingrid Thulin. Le premier est toujours formidable lorsqu’il s’agit d’interpréter un dégénéré brutal et sanguinaire, tandis que la seconde, habituée des grands drames bergmaniens, crève l’écran en tenancière de bordel finalement plus morale qu’il y paraît de prime abord.
Mais que les amateurs de films historiques ne s’y trompent pas : Salon Kitty est avant tout un véritable film trash comme on ne pourrait plus en tourner de nos jours, à la fois choquant et déstabilisant. Sans aucun tabou, le cinéaste expose la plastique de ses actrices et de ses acteurs à la vue du spectateur-voyeur, érotisant des situations pourtant scabreuses ou moralement douteuses. Obsédé par les corps difformes, Brass multiplie les séquences sexuelles entre des jeunes filles et des nains, des handicapés et même, outrage suprême, avec un déporté juif. Autant dire que le spectacle ne sera pas du goût de tout le monde et on peut comprendre que certaines personnes soient profondément choquées par cet étalage de chair pas toujours fraîche. Malgré cette complaisance et cette provocation facile, surtout évidente lors d’une première demi-heure très particulière, l’auteur parvient à évoquer une page sombre de l’histoire de l’humanité, saisissant à merveille l’horreur de la situation. Condamnant avec fermeté l’attitude des nazis, Brass ne laisse planer aucune ambiguïté quant à son point de vue sur cette période trouble. Grand écart improbable entre film d’auteur et pur produit d’exploitation, Salon Kitty conserve encore aujourd’hui son aura sulfureuse et le culte qui l’entoure s’avère tout à fait mérité. Entre plaisir coupable ou rejet immédiat, c’est à vous de trancher.





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