Entre superproduction européenne et comédie française pantouflarde, le premier Astérix ciné est un spectacle familial sans risques et sans surprises. Pas désagréable, mais un peu inconsistant.
L’argument : Les aventures des héros d’un célèbre village gaulois qui luttent contre les Romains et leur empereur Jules César
Notre avix : Retour sur le premier volet de la saga Astérix, alors que la fructueuse franchise ne semble pas près de s’arrêter, malgré sa qualité inégale : on annonce déjà un Astérix chez les Bretons réalisé par Laurent Tirard, dans une nouvelle maison de production, Fidélité Films. Rendons à Claude Zidix ce qui lui appartient : le projet de transposer les aventures du petit gaulois sur grand écran n’était pas chose aisée, tant la BD de Goscinny et d’Uderzo appartient AU patrimoine, adoré et intouchable, de la culture française. A vrai dire, le choix de Zidi n’est pas si illogique que cela : même si le réalisateur n’est pas spécialement connu pour l’ampleur de son cinéma, sa qualité d’artisan d’une certaine comédie franchouillarde semi-culte (Les Ripoux, Les Sous-Doués) n’est pas étrangère au chauvinisme rigolard de la BD. C’est un peu là que le bât blesse : choix consensuel, Zidi fait dans le consensuel et la prise de risques minimum, collant au plus près des cases originales. Il est vrai que son adaptation, appliquée et sans vagues, est lestée des contraintes de la "première fois" et ses passages obligés : présenter les personnages, les enjeux, les fameuses coutumes du village (les baffes sur les Romains ou sur les bardes, la préparation de la potion magique, les débats houleux autour de la qualité du poisson...). Mais la plume de Goscinny se caractérisant par une ironie discrète et perçante, un soupçon d’audace n’aurait pas été de trop - Alain Chabat l’a bien compris avec son Mission Cléopâtre, seul volet pleinement réussi à ce jour.
Le scénario dialogué par Gérard Lauzier (autre représentant nanardeux made in France) mixe plusieurs albums, parmi lesquels Astérix le gaulois et Le devin, pour aboutir à une intrigue solide mais sans aucune surprise. A vrai dire, malgré l’ampleur des moyens déployés (50 millions de dollars, plus gros budget français à sa sortie), les quelques effets spéciaux numériques cartoonesques (pas trop mal pour l’époque, signés Pitof) et les marques de la co-production européenne (Benigni en romain et Gottfried John en Jules César), Claude Zidi laisse vite de côté les dimensions du blockbuster et en revient aux canons d’une comédie du cru, un peu longuette et balourde. Tout y est : mise en scène plate, concours de cabotinage et de grimaces entre les acteurs, casting ultra-franchouillard (Michel Galabru, Sim, Claude Piéplu, Daniel Prévost, Jean-Pierre Castaldi). Dans les rôles principaux, Clavier et Depardieu sont en roue libre et en font des tonnes, nouvelle occasion de rejouer ad eternam leurs affrontements des Anges gardiens ; mais si Clavier se contente de faire du Clavier (voire du Jacquouille), le gros Gégé s’avère un choix assez évident dans le rôle d’Obélix, la grosse brute au cœur tendre. Les deux personnages, interprétés plus sobrement dans Mission Cléopâtre et Les Jeux Olympiques, seront d’ailleurs relégués au second plan dans la suite de la saga ciné. Si cet Astérix et Obélix contre César s’est vite ringardisé et pâtit de sa comparaison avec le deuxième volet "monty-pythonesque" de Chabat, il demeure un spectacle familial bon enfant. Un peu sclérosé, mais bien plus recommandable qu’Astérix aux jeux Olympiques, la croûte opportuniste de Thomas Langmann et Frédéric Forestier.
