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Baby Cart : le sabre de la vengeance - la critique

Un samouraï et un couffin

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Premier épisode d’une série adaptée d’un manga culte, Le sabre de la vengeance est un superbe chambara à l’ambiance zen traversée d’éclats de violence extrême. Jubilatoire.

L’argument : Itto Ogami, seul homme autorisé à décapiter les seigneurs déodaux, voit sa position briguée par le clan Yagyu, maîtres d’armes officiels du Shogun. Itto se retrouve accusé de complot contre le Seigneur du Shogun, il décide de fuir avec son fils Daigoro.


Notre avis : Adapté d’un manga culte des années 60 qui a été décliné sur plus de 140 épisodes, le film Baby Cart : la vengeance du sabre a été conçu et pensé par l’auteur du manga Kazuo Koike. Même si certaines libertés ont été prises avec le matériau d’origine (notamment par rapport à l’aspect physique du personnage), le long-métrage respecte tout de même à la lettre l’ambiance particulière du manga. Il faut dire que la réalisation du film a été confiée à un habitué du chambara puisque le cinéaste Kenji Misumi peut s’enorgueillir d’avoir un nombre conséquent d’épisodes de la série culte Zatoichi à son actif. Alors qu’il a passé une grande partie de sa carrière au service de la défunte compagnie de production Daiei, Misumi vient en ce début des années 70 de se mettre au service de la Toho qui est à l’origine du projet d’adaptation du manga Baby Cart. L’homme était donc tout désigné pour se retrouver aux commandes d’un film aussi ambitieux et le résultat est effectivement largement au niveau des attentes du studio qui lui commandera aussitôt de nombreuses suites (six films au total, dont quatre tournés par Misumi).

Respectueux du style du chambara, le film de Misumi se nourrit non seulement de toute la tradition cinématographique japonaise tout en s’inspirant du western spaghetti (juste retour des choses puisque Sergio Leone lui-même s’était inspiré des films japonais de Kurosawa). On retrouve ici une classique histoire de vengeance, un héros charismatique qui devient une icône au fil des bobines, une ambiance zen traversée par des éclats de violence particulièrement graphiques (les membres sautent généreusement dans des geysers de sang) et une musique qui utilise la guitare électrique à la manière d’Ennio Morricone. Outre la présence de décors magnifiques et une photographie esthétisante absolument divine, Misumi utilise toutes les ressources de la mise en scène pour sublimer un scénario plutôt prévisible. Par un jeu audacieux avec le son (effacement des bruits d’ambiance lors des flashbacks), l’auteur parvient à créer une ambiance fantastique du plus bel effet. Par la maestria de la réalisation et le charisme hors norme de l’acteur Tomisaburo Wakayama, Kenji Misumi fait de ce tout premier volet un bonheur de chaque instant. Toujours excessif, le long-métrage s’autorise des dérapages gore, ainsi que quelques connotations sexuelles de mauvais goût qui le placent d’emblée au panthéon des bisseux. Parfois drôle, toujours étonnant, le spectacle s’avère enthousiasmant à plus d’un titre et témoigne du savoir-faire des Japonais dans un genre malheureusement trop souvent considéré comme mineur.


Notes :
- Signalons que la série Baby Cart a d’abord été distribuée en Occident par le biais d’un film intitulé Shogun Assassin (1980) qui est en réalité un remontage américain des deux premiers épisodes de la série (Le sabre de la vengeance ici présent et L’enfant massacre). Le film compile en moins d’une heure et demie les deux films en ne conservant que les séquences d’action et en éliminant donc l’aspect zen de la série.

Virgile Dumez


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