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Bellflower - la critique

Fusée de détresse

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Grand Prix Festival du Film Fantastique de Paris 2011 (PIFFF)

Comète stylée ou feu de paille ? Combustion spontanée ou trompe-l’œil d’artificier ? On reconnaît au premier film d’Evan Glodell - saisissant mais loin d’être irréprochable - le mérite d’épuiser le jargon pyrotechnique, à défaut de justifier totalement son statut de « phénomène indé de l’année  ».

L’argument : Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment "la Medusa". Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire.

Notre avis : Bellflower, c’est avant tout un script de jeunesse qui a longtemps dormi dans le tiroir de son auteur avant d’être porté à ébullition. Trop proche de son sujet (autobiographique selon lui) pour le traiter correctement, Glodell a laissé sagement mûrir la chose tout se faisant la main sur les plateaux de tournage des autres. Assistant-réalisateur, monteur, le jeune homme est aussi un ingénieur en puissance, capable de concevoir le lance-flammes du film mais également de construire son propre prototype de caméra, à grands renforts d’objectifs russes et autres lentilles vintage. En modifiant compulsivement les élues de son œil, au gré de tests professionnels, Evan n’a pas seulement élaboré lui-même la gangue idéale de son premier-né, il a fait de l’obsession de ses personnages pour le tuning fantasmatique une réponse fictionnelle à sa propre conception du défouloir technico-créatif.
Car Bellflower, film ultra-formaliste, est une œuvre de l’indémêlable. Si Glodell envisage le personnage de Woodrow (qu’il joue d’ailleurs lui-même) comme son prolongement, il pense aussi sa mise en scène comme une émanation organique des humeurs de sa narration. Ici, le langage filmique ne s’efface jamais derrière le récit. Objectifs crasseux, mises au point live et fluctuantes (le prototype utilisé pour filmer permettant d’isoler quelques tâches de netteté dans le flou général), lumière inondant les plans comme un soleil pisseux, couleurs hyper-saturées : la réal ne cesse d’établir des parallèles entre son bricolage volontaire et le désœuvrement brutal des enfultes qu’elle accompagne. Certes illustratif, comme ce recours systématique au gros plan suggérant la suffocation et l’absence de perspectives de ses protagonistes, Glodell se révèle assez concerné et intuitif pour ne pas nuire à une puissance d’évocation réelle.
Seulement, s’il est impossible de nier les belles intentions graphiques et l’intensité épidermique de son film (on pense aux tests du lance-flammes, aux rixes fulgurantes et aux scènes cauchemardesques de la dernière partie) on regrette malgré tout des œillades prononcées à l’imagerie hipster (Bellflower s’apprête à devenir un film-totem de la génération hipstamatic) et la désagréable impression, parfois, de regarder un clip électro-pop west coast (« regarde mon beau désespoir californien, j’ai une pompe à whisky dans ma bagnole et mon salaire, c’est ton amour »).
De fait, la logique du choc visuel et de la pose maniériste a ses limites, notamment lorsqu’elle remplace le scénario à plan nommé sans pour autant se justifier par une trouvaille sublime (hirsute, le découpage s’aventure parfois dans l’ineptie la plus totale). Parce que la vraie richesse de ce film de « muscle car » (qui tente de convoquer Bullit comme Mad Max), c’est justement de ne pas être un film de « muscle car ». La « Medusa » n’est pas une voiture, encore moins un tiers-corps, il s’agit plutôt d’un fantôme de la zone de repli mental des personnages, cet espace auto-mythologique dans lequel ils placent leur fantasmes post-apocalyptiques comme leur terreur des résignations adultes. Centré sur l’image, le film n’est jamais aussi juste que lorsqu’il évoque intelligemment la grandeur et la nocivité du cinéma (l’intoxication par les visions iconiques et le refus pathologique du monde) tout autant que la nécessité d’un imaginaire expiatoire et posologique (le rempart au réel comme rempart aux pulsions). Jamais révolutionnaire, mais toujours sincère dans ses variations sur le thème de l’enfance persistante (une nostalgie bien sentie et quelques scènes de challenges puériles assez marrantes), Bellflower se plante malheureusement lorsqu’il se concentre sur une love-story dont la complaisance et le voyeurisme sont trop adolescents pour convaincre. Toute la phase post-séparation (et l’inconsistance des acteurs n’aide pas) sent le journal intime navrant, la mèche dans l’œil, la whatever attitude et le tatouage de larme sur le poignet.
Parfois heurtés, jamais bouleversés, on ressort de la séance plein de tendresse pour ces petites frappes pyromanes mais avec la ferme intention de ne plus jamais approcher un polaroïd. Allez quand même voir Bellflower en salle, d’abord parce que Glodell prouve qu’on peut faire du cinéma classieux avec un budget d’association de marionnettistes et ensuite parce que, pour un premier film, la somme des propositions est assez remarquable. Ne marche pas trop loin Evan, qu’on te surveille.


François Blet




Les avis des internautes

 

Bellflower - la critique

Par Frédéric Mignard

Une belle manifestation d’indépendance dont les partis pris esthétiques déroutent autant qu’ils intriguent, à l’instar de son histoire de glande généralisée et décadente, puissante et absconse... Entre film indie pour étudiants en mal de soirée cinéphilique et embryon de futur classique mal élevé culte... Un film alcolo sur 4 roues à découvrir avec l’avertissement qu’il n’est pas fait pour plaire à tout le monde (...)

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