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Bienvenue parmi nous - critique du dernier Jean Becker

Mourir d’amour en Chesnais

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En mode redite, le cinéaste Jean Becker fonce tête baissée dans les clichés les plus éculés. Le film est tout juste sauvé du naufrage par la justesse de son interprétation.

L’argument : Malgré sa renommée, Taillandier, la soixantaine, a brusquement cessé de peindre. En pleine déprime, il décide de partir de chez lui, sans but précis et sans donner d’explication à ses proches. Au cours de son périple, il fait l’étrange rencontre d’une adolescente égarée, Marylou, que sa mère a rejetée. La gamine perdue et l’homme au bout du rouleau feront un bout de chemin ensemble. Finalement, vivant tels un père et sa fille, dans la quiétude d’une maison de location, ils se feront « la courte échelle » et retrouveront un nouveau sens à leur vie.

Notre avis : Sans doute irrité par les incessantes - et souvent injustes - mauvaises critiques qui accueillent la sortie de chacun de ses films, le cinéaste Jean Becker n’a même pas cru bon présenter son dernier opus aux professionnels. A moins que cela soit un aveu d’échec vis-à-vis d’un long-métrage qui sent tout de même le fond de tiroir. Effectivement, Bienvenue parmi nous recycle le thème du bourgeois provincial qui a perdu goût à la vie (on se souvient de Dupontel dans 2 jours à tuer) et qui va se retrouver confronté à une adolescente larguée par sa famille. Prenant donc le bâton pour se faire battre, le réalisateur revisite un sujet qu’il a déjà abordé de nombreuses fois (l’opposition entre les générations) et qui tient désormais du pur cliché. Ici, ce n’est pas le vieil homme et l’enfant, mais le dépressif et l’ado qui vont peu à peu apprendre à s’apprivoiser avant de se porter assistance.
Soyons honnêtes, le début du film tient plutôt bien la route, notamment par l’implication de Patrick Chesnais, tout bonnement excellent en dépressif revenu de tout. Il est totalement convaincant en vieux bougon tellement dégoûté du monde qui l’entoure qu’il en vient à détester son entourage proche, s’enfermant peu à peu dans une misanthropie qui le ronge tel un cancer. Si l’on reconnaît immédiatement la noirceur intrinsèque du réalisateur de L’été meurtrier et d’Elisa dans cette première demi-heure, cette tonalité sombre s’estompe progressivement pour faire place à une confrontation convenue entre le vieux râleur et l’ado pleine de vie. Dès lors, le cinéaste ne peut pas s’empêcher de se faire moralisateur et caricatural lorsqu’il s’agit de brosser le portrait d’une jeunesse perdue. La jeune Jeanne Lambert n’est absolument pas fautive puisqu’elle se sort plutôt bien d’un rôle clicheton. Son duo avec Patrick Chesnais est même assez touchant.
Malheureusement, le cinéaste perd en cours de route la fraîcheur qui caractérise ses meilleurs films et sombre vers la fin dans le mélo télévisuel. La dernière séquence, par une utilisation maladroite de la chanson Goodbye Marylou de Polnareff, tombe dans le sirop le plus épais et achève de ternir un bilan bien peu enthousiasmant. En mode redite depuis quelques films, Jean Becker aurait finalement intérêt à méditer les réflexions qu’il place dans la bouche de Jacques Weber sur le danger du recyclage artistique afin de livrer, la prochaine fois, une œuvre aux fondations neuves.

Virgile Dumez


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