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Birdy - la critique

Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux...

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Brillante dénonciation des horreurs de la guerre et émouvante histoire d’amitié, Birdy est un magnifique poème cinématographique aux images marquantes. Un must des années 80.

L’argument : Deux amis d’enfance reviennent de la guerre du Vietnam marqués à jamais : Birdy entame un long séjour à l’hôpital et ne sort plus de son mutisme. Prostré, isolé, il passe des heures à fixer le ciel et à rêver de pouvoir voler comme un oiseau. Son ami Al, qui a perdu son visage dans cette guerre, décide alors d’entrer dans son jeu pour l’aider à s’évader...

Notre avis : Alan Parker sort tout juste du succès mérité de Pink Floyd, the wall (1982) lorsqu’il décide d’adapter aux Etats-Unis un roman de William Wharton contant le traumatisme des soldats revenus de la Seconde Guerre mondiale. Afin de coller davantage à son époque, le cinéaste transpose l’intrigue au sortir de la guerre du Vietnam, faisant du film une magnifique métaphore de la perte de l’innocence de l’Amérique, confrontée pour la première fois de son histoire à un échec militaire cinglant. Dans la continuité de son œuvre précédente, le réalisateur britannique traite de l’enfermement d’un homme dans sa folie - le mur de sa cellule évoque celui présent sur la pochette de l’album du Pink Floyd - mais aussi l’horreur de la guerre avec une forte teinture d’antimilitarisme. Ainsi, les deux héros sont des jeunes idéalistes qui ont peine à sortir de leurs rêveries adolescentes, mais la violence de cette guerre impitoyable va les ramener à une réalité si douloureuse que l’un d’entre eux la fuit dans une folie finalement confortable.
Tout comme les Etats-Unis d’alors, les deux protagonistes sont blessés et marqués à vie par cette expérience traumatisante. Pourtant, loin de marteler son message, Parker s’attache avant tout à décrire une amitié touchante entre deux êtres singuliers. S’entourant des meilleurs techniciens, il déploie un savoir-faire formel extraordinaire, faisant de Birdy (1984) un kaléidoscope de sons et d’images marquants. La photographie de Michael Seresin alterne ainsi les tons chaleureux pour conter l’adolescence heureuse avec les couleurs froides de la cellule. A l’aide de nouvelles caméras virevoltantes, Parker filme l’envol métaphysique de l’oiseau, nous entraînant à sa suite comme dans un trip à l’acide. Ces séquences sont d’autant plus remarquables qu’elles sont accompagnées par la transcendantale musique de Peter Gabriel - ex-chanteur du groupe de rock progressif Genesis. Mêlant ambiances planantes et rythmes africains, le compositeur recycle en fait des thèmes déjà entendus dans ses troisième et quatrième albums en solo. Pour autant, on a la curieuse impression que cette musique a été créée pour le film.
Enfin, cette œuvre poétique d’une rare puissance évocatrice ne serait rien sans l’investissement complet des deux interprètes principaux : alors inconnus, Nicolas Cage et Matthew Modine livrent une prestation impressionnante. Le premier fait passer tous les sentiments de son personnage malgré les pansements qui dissimulent une partie de son visage, tandis que le second est d’un mutisme des plus convaincants. Si l’on ajoute à tout ceci une fin originale et totalement déstabilisante, à mille lieues du mélodrame attendu, on comprend mieux l’obtention du Grand Prix du jury à Cannes en 1985 et le culte dont ce métrage bouleversant fait l’objet depuis.

Virgile Dumez

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