D’une beauté esthétique rarement égalée, Blade runner est une bouleversante rêverie poétique sur la condition humaine. Un choc.
L’argument : Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d’hommes et de femmes partent à la conquête de l’espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d’esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l’être humain. Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d’un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés "hors la loi". Quatre d’entre eux parviennent cependant à s’échapper et à s’introduire dans Los Angeles. Un agent d’une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d’exécution, mais de retrait...
Notre avis : Alors qu’en ce début des années 80 la science-fiction connaît un regain d’intérêt grâce au triomphe de Star wars (1977), le scénariste Hampton Fancher adapte très librement le livre de Philip K. Dick Do androids dream of electric sheep ?, ne conservant que l’idée générale et inventant absolument tout le reste. Il est secondé par David Peoples et Ridley Scott, très rapidement attachés au projet. Sous l’impulsion du cinéaste, Blade runner (1982) devient un projet gigantesque, dépassant allègrement le budget alloué au départ. Inspiré à la fois par le film noir et les dessins futuristes de Moebius et d’Enki Bilal, Scott s’attache à décrire un avenir crédible : population mondiale concentrée dans des mégalopoles toujours plus tentaculaires, pollution galopante ayant détruit les animaux et androïdes qui remplacent les humains pour les travaux pénibles. Quelque part entre Metropolis (1927) et Soleil vert (1973), le métrage étonne sans cesse par son refus de l’action pure et sa volonté de poétiser chaque séquence. Ainsi, bouleversant la traditionnelle barrière entre le bien et le mal, les auteurs rendent leurs Réplicants attachants dans leur volonté de s’humaniser. Métaphore de la condition humaine, ce combat pour rencontrer leur Créateur et demander à vivre plus longtemps est aussi celui de tout être pensant. Tels des enfants (ils sont systématiquement entourés de poupées), les Réplicants font des bêtises - ils tuent ceux qui les agressent - mais leurs réactions ne sont jamais vraiment réfléchies. Au final, ils nous émeuvent au plus haut point, surtout lors de la bouleversante confrontation finale entre Harrison Ford et Rutger Hauer. Déjà séduit par l’univers foisonnant du film, le spectateur ressent alors une intense émotion devant ce brusque élan poétique.
Si Blade runner bouleverse autant notre âme, il ne cesse d’épater nos sens. Esthétisant jusqu’à l’excès, chaque plan recèle d’infinies subtilités : de la lumière totalement fascinante de Jordan Cronenweth aux décors époustouflants en passant par la somptueuse musique de Vangelis, tout est mis en oeuvre pour faire de ce spectacle un festin des sens. On aura rarement vu de plans aussi beaux, s’apparentant aux plus merveilleuses séquences de 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick, mais également aux fastes visuels d’un Fellini ou d’un Wojciech Has - le décor de l’appartement de J.F. Sebastian évoque d’ailleurs de manière troublante l’oeuvre de ce visionnaire polonais des années 60-70.
Pourtant, effrayés par le résultat final si peu commercial, les producteurs de l’époque demandèrent à Ridley Scott d’ajouter une voix off qui clarifie l’intrigue (mais tue toute émotion) et une scène finale ridicule où les deux personnages principaux voyagent au milieu d’une forêt luxuriante, contredisant ainsi les deux heures précédentes. Ces changements peu subtils n’empêchèrent d’ailleurs pas le film d’être un échec critique et public. Débarrassé de la voix off - qui a pourtant ses supporters - et de cette fin calamiteuse, le Director’s cut réalisé au début des années 90 réintègre également un élément clé (le rêve de la licorne) qui crée un doute sur l’humanité de Deckard. Cette version confirme l’aspect totalement novateur du métrage et l’établit sans contestation parmi les plus belles réussites du genre.

Le DVD
Presque parfaite, cette édition 5 DVD est tout simplement incontournable.
Les suppléments
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Le premier DVD contient non seulement la version Final cut, mais également une introduction et un commentaire audio de Ridley Scott, malheureusement non sous-titré, comme toujours chez Warner. C’est indéniablement le point faible d’une édition pourtant superbe. Le disque 2 nous entraîne durant plus de trois heures dans les coulisses du film. On y découvre la genèse tortueuse d’une oeuvre maudite à travers les témoignages précieux de tous les artistes impliqués. Se démarquent les entretiens avec Ridley Scott, visiblement très content de son travail. Sa forte personnalité transparaît à l’écran et montre une détermination sans faille. Pour les puristes, le troisième disque est une mine puisqu’il contient les différentes versions du film grâce au procédé de Seamless branching (version américaine et européenne de 1982, ainsi que le Director’s cut de 1992). Un quatrième disque complet revient sur la production, ainsi que sur les différents créateurs (dont Philip K. Dick) et la promotion, soit quelques heures supplémentaires qui ne sont jamais redondantes avec ce qui précède. Enfin, pour les fans hardcore, un dernier DVD propose la très rare version de travail restaurée pour l’occasion et assortie d’un commentaire audio, malheureusement non sous-titré, et d’un documentaire exhaustif sur la restauration.
Image & son
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Le Final cut bénéficie d’une image immaculée, exempte du moindre défaut. Totalement fidèle, elle met en avant la richesse visuelle de ce monument esthétisant en lui redonnant une deuxième jeunesse. Les pistes 5.1 (français, anglais et italien) sont toutes magnifiquement équilibrées, nous plongeant dans l’univers du film sans esbroufe déplacée. Pour les autres versions, le rendu est similaire aux anciennes éditions DVD.
Une imagination féconde et un sens unique de la mise en scène au service de plusieurs très grands films.