Sortie du blu-ray : 15 février 2012
Oeuvre délirante d’un cinéaste fou, Brazil demeure un beau morceau de cinéma iconoclaste, au risque de se noyer sous ses propres excès. Incontournable.
L’argument : Dans un futur indéterminé, un dérèglement informatique entraîne le fonctionnaire Sam Lowry dans une aventure délirante. A la poursuite de la femme de ses rêves, pourchassé par les autorités, aidé par un criminel sympathique, Lowry va vivre une expérience étrange et cauchemardesque.
Notre avis : Très librement inspiré par le 1984 de George Orwell, mais aussi par les œuvres fantastiques de Franz Kafka et le Metropolis de Fritz Lang, Brazil est né dans l’esprit de Terry Gilliam au milieu des années 70 alors qu’il faisait encore partie du groupe humoristique des Monty Python. Il lui a fallu plus de dix ans pour pouvoir développer son histoire en un script cohérent et acceptable sur le plan financier. Doté d’un budget conséquent de 15 millions de dollars, le film permet au délirant réalisateur de mettre sur pellicule tous ses fantasmes, tout en abordant avec humour le thème alors en vogue des sociétés futuristes. Ainsi, le cinéaste décrit avec précision une société soit disant idéale, où le bonheur des individus passe avant tout par l’effort collectif. Entièrement géré par une bureaucratie aux rouages obscurs et absurdes, ce monde rétro-futuriste (certains objets semblent issus des années 20, mais sont utilisés dans une perspective plus étonnante) ne laisse aucunement la place à l’imagination. Dépossédés de la moindre parcelle d’humanité, les citoyens ne sont que des pions soumis à une machine administrative aveugle. Si cette thématique n’a rien de révolutionnaire puisqu’elle irrigue tous les écrits de SF du 20ème siècle, elle prend ici une allure grotesque par la capacité du cinéaste à tout exagérer.
Partant d’une situation extrêmement simple (une erreur administrative condamne un citoyen ordinaire à la peine capitale à la place d’un autre), Terry Gilliam ajoute un nombre incalculable d’intrigues secondaires qui découlent toutes de l’erreur initiale. Dans ce jeu de domino délirant, Gilliam n’a jamais peur de la surcharge. Non seulement il jongle avec les genres (on passe de la comédie grotesque au film d’angoisse, tout en évoluant dans un univers romantique), mais il ose également des débordements burlesques qui tirent le résultat final vers le cartoon live. Dans ce jeu de massacre parfois un brin lassant, on remarque avant tout l’interprétation impeccable de Jonathan Pryce, hilarant monsieur K. perdu dans un monde étriqué alors que ses rêves de grandeur le hantent. Il est secondé par tout le gratin du cinéma britannique des années 80 : Ian Holm, Jim Broadbent, Bob Hoskins, Peter Vaughan et le Monty Python Michael Palin sont tout bonnement extraordinaires dans des rôles secondaires marquants. Toutefois, le grand public se rappelle généralement davantage de l’intervention désopilante de Robert De Niro en technicien chauffagiste révolutionnaire.
Totalement délirant, débordant d’idées folles, Brazil est une œuvre ample et généreuse qui risque à chaque instant de s’effondrer sous le poids de sa propre démence. Mais il est suffisamment rare qu’un cinéaste se livre ainsi avec une telle gourmandise pour savourer cet instant privilégié.
Le blu-ray :
Si le blu-ray dépasse largement le rendu médiocre de l’ancienne édition DVD, le résultat est encore en deçà des attentes.
Les suppléments :
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Outre la bande-annonce, l’éditeur nous propose de suivre un vieux making of datant de 1985 alors qu’il existe un formidable documentaire rétrospectif sur le film. Toutefois, ce petit module d’une demi-heure même pas restauré (et donc dans un état déplorable) a le mérite de nous montrer toute l’équipe du film au travail et de nous présenter les étapes de fabrication des séquences de rêve, riches en effets spéciaux.
Image :
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Si cette édition surpasse sans difficulté les différentes versions DVD parues jusque là, on n’est pas franchement convaincu par le rendu général de cette copie en haute définition. Outre un grain un peu trop prononcé et une profondeur de champ perfectible, on peut regretter la présence de quelques séquences très abîmées. Heureusement, la riche colorimétrie parvient à masquer la plupart des défauts et fait illusion. On est quand même loin d’une restauration de toute beauté.
Son :
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Là encore la déception est de mise. Non seulement la piste originale n’est qu’en simple stéréo, uniquement amplifiée par un DTS HD Master Audio qui lui donne une puissance supplémentaire, mais la piste française n’a fait l’objet d’aucune amélioration substantielle. Elle apparaît incroyablement étriquée par rapport à sa rivale.
Une œuvre foisonnante, à la lisière entre Kafka et le Pantagruel de Rabelais.