Un an et demi après The Ghost Writer (un chef d’oeuvre de plus !), Roman Polanski présente Carnage. En peu de temps, le cinéaste franco-polonais a retrouvé ses meilleures astuces et ses thèmes préférés, tout en s’attaquant à la difficulté de filmer du théâtre.
L’argument : Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la "victime" demandent à s’expliquer avec les parents du "coupable". Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l’affrontement. Où s’arrêtera le carnage ?
Notre avis : L’association du réalisateur de Chinatown et de la dramaturge française Yasmina Reza peut surprendre. Mais à y regarder de plus près, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Tout comme Le Dieu du carnage, les pièces de l’auteur s’inscrivent dans une unité de temps et de lieu. Polanski, c’est l’isolement. Que ce soit Rosemary ou Le Locataire dans leurs appartements, les chasseurs de vampires dans un château des Carpates, les couples de Lune de fiel embarqués sur le même bateau ou l’écrivain fantôme interprété par Ewan McGregor, doublement enfermé sur une île et dans une villa sous haute surveillance, l’insularité est au cœur de l’oeuvre de Roman Polanski.
Une attention toute particulière est portée au décor. Ici, l’appartement de Brooklyn dans lequel les couples vont se chamailler a été entièrement reconstitué dans les studios de Bry-Sur-Marne par Dean Tavoularis (qui travailla sur la trilogie Le Parrain), dont c’est la seconde collaboration avec Polanski après La Neuvième Porte. Les répétitions, comme au théâtre, ont été déterminantes : les quatre acteurs, qui jouent chez Polanski pour la première fois, ont passé deux semaines à réciter leur texte, appris entièrement par cœur, avant d’être lâchés sur le plateau de tournage. Un décor entièrement reconstitué, un texte appris à la virgule près, une pièce de Yasmina Reza… sommes-nous vraiment au cinéma ?
C’est bien le danger d’une telle entreprise. Soyons honnête : malgré le génie de Roman Polanski, il est rare que le théâtre filmé ressemble plus à un film qu’à une pièce. La sobriété du dispositif de Yasmina Reza est sûrement bien moins « cinégénique » que l’inspiration de Tennessee Williams, dont les pièces ont souvent bien supporté le passage sur pellicule. Pas d’ellipse possible : si le temps de la pièce est d’une heure vingt, il en sera de même pour le film. Mis à part le premier et le dernier plan du film, nous n’allons pas plus loin que sur le pas de la porte, devant l’ascenseur. Mais, puisque la direction d’acteurs a été préparée en répétition, Polanski a les mains libres pour placer sa caméra. Et c’est là qu’il dévoile son amour pour l’écriture dérangeante de sa collaboratrice.
Les plans jouent à révéler les équipes qui vont se constituer pendant cette dispute. Car il serait trop simple qu’un couple en affronte un autre. Des clans se créent. Tantôt, la solidarité masculine l’emporte pour s’attaquer à la gent féminine. Tantôt, trois personnages se liguent contre un quatrième et l’isolent. L’échelle des plans, plus ou moins serrés si un personnage est assailli par les arguments de ses adversaires, ou selon que les intervenants s’éloignent ou se rapprochent, s’allient ou se déclarent la guerre… chaque cadrage aide à comprendre où en est la dispute.
Carnage a la subtilité et l’humour de l’écriture de Yasmina Reza, la splendeur de comédiens qui n’ont plus rien à prouver (Jodie Foster, Kate Winslet, John C. Reilly et Christoph Waltz… Seul l’un des quatre n’a pas encore eu son Oscar) et l’intelligence méticuleuse de la mise en scène de Polanski. Ça a beau être du théâtre filmé… quelle gifle !

Un parcours flamboyant et douloureux portant en lui les vicissitudes du XXe siècle.
Par roger w
Parfois drôle, souvent caustique, le dernier film de Polanski fait quand même l’effet d’une récréation pour un cinéaste qu’on a connu plus ambitieux. Ici, il ne cherche jamais à échapper au piège du théâtre filmé. Certes, les dialogues sont bons et les acteurs assurent, mais on ne retient pas grand-chose de toute cela une fois la lumière revenue dans la salle. Sympathique, mais vain et superficiel.
Par Frédéric Mignard
Polanski nous amuse brillamment avec des stéréotypes, investissant ses comédiens à fond dans leurs crises conjugales. Mais à la fin de cet exercice de style, aussi agréable soit la valse des pantins, il ne nous reste à l’esprit que l’agitation de stéréotypes trop têtes à claque pour susciter notre sympathie.