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Ce soir rien de nouveau - la critique

Traviata 42

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- Sortie italienne : 23 décembre 1942

En déjouant très habilement les pièges du mélo Mario Mattòli actionne les mécanismes de l’émotion avec une efficacité imparable. Alida valli est simplement sublime.

L’argument : En passant au commissariat de police pour voir s’il y a du nouveau, Cesare Manti, un journaliste alcoolique relégué à la rubrique des faits divers, croise une jeune femme arrêtée lors d’une rafle dans une maison de passe. Voulant à tout prix éviter d’être renvoyée dans sa famille, Maria déclare à Cesare qu’elle le connaît et lui demande de se porter garant pour elle.
Quelques années plus tôt Cesare était tombé gravement malade alors qu’il séjournait dans un grand hôtel de Constantinople. Maria, qui se produisait comme chanteuse sur la terrasse du palace, avait veillé jour et nuit à son chevet mais avait quitté la ville avant son rétablissement complet.
Ne sachant où héberger la jeune femme, il lui trouve, grâce à un ami médecin, une place dans une institution de bienfaisance qui recueille les filles perdues. Lui même décide d’arrêter de boire.
Mais Maria quitte l’institut et disparaît.
Quelques années plus tard, Cesare retrouve la jeune femme. Elle chante avec une troupe de variété dans un cinéma...

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Stasera niente di nuovo (Mario Mattòli 1942)

Notre avis : Mélodrame à l’atmosphère de film noir, Stasera niente di nuovo concluait, pour la star Alida Valli et le cinéaste Mario Mattòli, également coauteur du scénario avec son frère Luciano, la série des films qui parlent à votre coeur. Comme les trois titres précédents, Luce nelle tenebre, Catene invisibili et Labbra serrate (sans la Valli, celui-là) il rencontra un succès phénoménal en Italie durant les années de guerre.
Pour développer son histoire de rédemption par l’amour le film actionne la mécanique du mélo avec une efficacité redoutable. Il s’ingénie presque constamment à déjouer les attentes du spectateur par un souci de réalisme social (le dialecte) et psychologique, un subtil gommage du discours moralisateur et une bonne dose d’humour pour mieux les combler dans quelques séquences d’anthologie : le flashback à Constantinople, avec son immense décor de terrasse d’hôtel surplombé par les tours et la coupole de Sainte Sophie ; et surtout le déchirant final calqué sur La Traviata et accompagné, effet facile mais imparable, par la musique de la mort de Violetta dans l’opéra de Verdi.
Sans vouloir crier au chef d’oeuvre, car les ficelles sont quand même visibles et les conventions seulement à demi subverties, on admirera l’habileté d’écriture et la sobre élégance de la mise en scène ainsi que la remarquable qualité artisanale d’un produit de luxe : superbe photo du grand Aldo Tonti, décors étonnants de réalisme et/ou d’extravagance de Mario Rappini.
On appréciera aussi le jeu de miroir du film dans le film lors de la scène se passant derrière l’écran pendant la projection de Abbandono (avec Corinne Luchaire, réalisé par Mattòli deux ans plus tôt) ou les allusions moqueuses aux conventions cinématographiques (sur le mode : au cinéma ça se passerait comme ça) qui montrent que les auteurs sont bien conscients du caractère fabriqué du l’entreprise et s’en amusent tout en l’assumant sans se réfugier derrière le deuxième degré.
Tous les seconds rôles sont savoureux et dessinés d’un trait vigoureux : Dina Galli, inénarrable concierge ; Antonio Gandusio en vieux médecin désabusé conversant avec son canari ; Aldo Rubens en froid maquereau et danseur mondain gominé ; l’ensemble des pensionnaires de l’institut (dont la débutante Marisa Merlini), chacune nettement caractérisée.

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Alida Valli dans Stasera niente di nuovo (Mario Mattòli 1942)

Carlo Ninchi est parfaitement convainquant en antihéros alcoolique et la Valli, ennemie déclarée de toute sensiblerie, est simplement sublime avec sa douceur butée, l’intensité jamais forcée de son jeu, son aura de star sans apprêts.

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Ma l’amore no (chanson du film Stasera niente di nuovo, 1942)

Sa technique de chanteuse n’est pas irréprochable, mais c’est justement le manque de fini de son interprétation qui fait chavirer les sens du spectateur et totalement décoller le film lorsqu’elle entonne à deux reprises la chanson Ma l’amore no, composée par Ezio Carabella et destinée à devenir un énorme tube discographique. La deuxième version surtout, dans le cinéma où l’héroine, malade et fatiguée, se produit avec une troupe minable en avanspettacolo, est bouleversante avec ses incroyables blancs de quelques secondes, l’orchestre s’interrompant en même temps que la chanteuse, qui sont autant de points d’interrogation (à quoi bon continuer ?) et disent mieux que tout discours le sentiment d’être arrivé au bout du rouleau qu’éprouve à ce moment le personnage.

Claude Rieffel


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