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Cheval de guerre - la critique

Du romanesque à la Spielberg

Après Tintin, la 3D et la performance capture, Spielberg revient à un long-métrage plus classique qui contient en lui tout le cinéma du réalisateur américain.

L’argument : Une histoire d’amitié entre Albert, un jeune garçon, et son cheval Joey. Vendu à la cavalerie britannique dans les premières heures de la Première Guerre mondiale, Joey est directement envoyé au front. Mais il est capturé par les Allemands qui n’hésitent pas à s’en servir dans les combats. Albert, qui est encore trop jeune pour s’engager, décide de se lancer dans une mission de secours pour libérer son cheval...

Notre avis : Il serait très facile d’attaquer le dernier film de Steven Spielberg. Et on devrait retrouver bon nombre de critiques plus ou moins cyniques tirant à boulets rouges sur la dernière réalisation du père de Rencontres du troisième type. Reconnaissons que les premières minutes du film effraient légèrement. Pas loin d’égaler le niveau d’un épisode de La Petite maison dans la prairie, Cheval de Guerre filme d’abord la rencontre entre Albert (tiens, comme dans la série télé) et Joey, un cheval de course que le père du jeune garçon achète sur le marché, simplement pour ne pas le laisser à son propriétaire sans cœur. Seulement, pour nourrir sa famille et payer ce dernier, c’est d’un cheval de trait dont il a besoin pour labourer son terrain. Albert qui se prend d’affection pour le cheval va tenter de prouver la valeur de Joey dans une séquence où tout le village s’est réuni pour assister à un miracle qui tardera à arriver. Cette scène agit comme un pacte avec le spectateur. Comme Albert, qui a toute confiance dans les capacités de Joey, Spielberg invite le spectateur à croire en son histoire, à ce conte pour petits et grands. Parce que s’il faut aborder Cheval de Guerre, c’est à l’évidence sous le prisme du conte, pour ainsi en accepter tous les codes du genre.

Comme tout conte, Cheval de Guerre démarre sur un évènement dramatique. Les temps sont durs et pour survivre, la famille d’Albert n’a pas d’autres choix que de vendre le cheval à la cavalerie britannique où il sera directement envoyé au front. La première Guerre Mondiale vit ses premières heures. Trop jeune, Albert ne peut accompagner Joey et doit se résigner à le laisser partir. Le film prend alors une toute autre tournure. A l’image du personnage de Tintin, le cheval devient le moteur de l’action. C’est par lui que le récit progresse, par lui que des personnages viennent s’y greffer. Spielberg signe alors un vrai film romanesque où le mélo de la première partie (dont la photo s’inscrit dans la lignée de L’Empire du Soleil et plus globalement de ses films des années 80) se trouve rompu par des saillies de violence plus proche de son cinéma actuel (la scène du moulin, fabuleuse). Et si le film conserve une naïveté tout du long, celle-ci demeure indissociable de l’histoire, elle apparaît comme une porte d’entrée indispensable. Exemplairement, on citera la séquence où le cheval, coincé dans les barbelés à égal distance des deux camps ennemis, provoque une courte trêve. Là encore, il serait facile d’en sourire, de la tourner en dérision. Mais la croyance insufflée dans cette dernière, à laquelle s’ajoute une naïveté totalement assumée, lui donne finalement une force insoupçonnée. Et c’est bien de cette croyance indéfectible, de cette naïveté revendiquée que Cheval de Guerre emporte le morceau.

Christophe Butelet

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