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Durée : 1h53mn
Titre original : Straw Dogs
Année de production : 1971
Peckinpah délaisse les étendues désertiques de l’Amérique pour nous plonger au coeur d’un drame de couple dans la campagne britannique. Une expérience d’angoisse intense et prolongée pour le spectateur.
L’argument : David, jeune mathématicien, fuit l’Amérique et son atmosphère orageuse. Il émigre en Cornouailles où il est confronté dès son arrivée à l’agressivité des autochtones. Atteint dans ses convictions, il aura lui aussi recours à une violence qu’il combat.
Notre avis : Quel dessein mystérieux a-t-il bien pu pousser Sam Peckinpah, en l’espace d’une décennie, à introduire dans sa palette éclatante de soleil, qui court de Major Dundee à Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia, les notes glaciales de l’hiver anglais qui caractérisent Chiens de paille ? Quoi qu’il en soit, c’est avec brio que le réalisateur natif de Californie a accaparé la grisaille de la campagne britannique dans laquelle évoluent ses personnages. En effet, Chiens de paille s’affirme en premier lieu comme un film d’atmosphère : brouillard, ciel bas et lourd, pierre de taille, regards pesants, autant d’éléments sélectionnés et combinés par Peckinpah pour donner à l’ambiance un caractère vaguement malsain, qui laisse le spectateur dans une impression de malaise permanent. Les scènes en extérieur en particulier constituent l’une des réussites apparemment les plus paradoxales, puisqu’elles parviennent à dessiner l’enfermement des personnages dans leur propre labyrinthe spatial et psychologique : on ne sort jamais de l’hostilité propre à la communauté du village, et même lorsque les deux protagonistes principaux pensent bénéficier de toute leur intimité, le couple est en réalité épié et scruté de toutes parts. Ce regard inquisiteur fait du même coup se sentir le spectateur lui-même comme un voyeur, et ce sentiment de participer à la perversion ambiante crée une tension sous-jacente tout le long du film.

Car le coup de maître de Chiens de paille est d’afficher, sur ce fond de malaise, une intensité narrative et psychologique extrêmes. A partir d’une trame minimaliste, Peckinpah déploie un réseau de relations ambiguës entre les personnages, dont la complexité est encore augmentée par le fait que les protagonistes eux-mêmes semblent se chercher et explorer plusieurs profils psychologiques possibles. Mis à part les séquences finales, qui montrent au contraire la force de la détermination individuelle face à l’instinct de groupe, on est à mille lieues du « héros » traditionnel convaincu d’agir pour le bien de tous. Le mérite revient ici à Dustin Hoffman, qui retrouve des accents de son succès Le lauréat pour composer un rôle d’homme-enfant maladroit et désireux de se faire accepter par un cercle fermé. Faiblesse et indécision des personnages n’enlèvent pourtant rien de la force du film, qui présente non pas un seul, mais une série de « points culminants », à la fois visuels et narratifs. C’est peut-être ici que l’on retrouve la marque de fabrique de Peckinpah : la violence y est toujours une expérience-limite (il filme une scène de viol longue et humiliante), et elle est l’apanage de hordes viriles et sauvages, dont la brutalité doit être intégralement restrancrite à l’écran pour être mieux ressentie comme intolérable. Si le Royaume-Uni semble donc formellement étranger à Peckinpah, c’est bien au sens d’une terra incognita dont l’exploration est tout entière personnelle. Pourtant, la particularité du film est peut-être de nous montrer, à la différence des autres œuvres du réalisateur, un autre point de vue possible, plus fragile et sensible sans doute, mais du même coup davantage poignant et douloureusement persistant pour le spectateur.
