Cronenberg s’inspire du Village des damnés pour un film opaque, plein de rage et de promesses qui augure le meilleur...
L’argument : Un psychiatre invente une thérapie révolutionnaire qu’il applique à ses malades. Il n’avait pas prevu les effets secondaires, particulièrement destructeurs...
Notre avis : Réalisateur de séries B horrifiques produit par une société qui travaille aussi dans le X, David Cronenberg n’est pas à la fin des années 70 le nom bien connu de chacun que l’on retrouve dans les grandes compétitions de la planète. On le retrouve dans les cinémas de quartier dédiés au genre avec des petites oeuvres transgressives qui installent des thématiques autour de la mutation du corps et des virus mortels. Frissons, parasites meurtriers et Rage sont ainsi les deux premiers jalons de l’horreur du cinéaste avec contagion sexuelle dans le premier et épidémie de rage dans le second où il dirige l’actrice du porno Marilyn Chambers, bien connue pour son rôle dans Derrière la porte verte.
Chromosome 3 survient en toute fin des années 70, à l’aube de la célébrité pour le réalisateur qui va peu après connaître un énorme succès avec Scanners. Le film aborde une nouvelle fois la monstruosité du corps qui se développe ici en excroissances. Une évolution physique née du mental, des traumas qui impriment le corps et l’esprit d’une femme dans une famille où elle reproduit un schéma de haine et de volonté de vengeance refoulée. La démente, c’est Samantha Eggar, égérie du cinéma bizarre (Les doigts du diable, Curtains), les yeux exorbités, elle délivre un malaise évident qui sied bien à la volonté du cinéaste d’imposer un point de vue organique tordu. Procréateur d’une engeance monstrueuse qui se fait l’instrument de ses sentiments tempétueux, son personnage est un freak, devenu pure matrice qui met bas à des petits monstres qui expriment tous ses ressentiments jusqu’au meurtre quand elle est en colère, ce qui lui arrive souvent...
Le suspense implacable avec des plans déjà taillés pour rester cultes (l’assaut final des monstres en forme de huis clos est magistral) s’accompagne déjà d’une thématique chère au cinéaste qui en trois films manifeste toutes les obsessions de ses grands films à venir (Vidéodrome et La Mouche). La série B, sorte de dégénérescence organique du Village des damnés, est maligne et efficace et, si elle n’est pas la plus connue des oeuvres du Canadien, elle n’en est pas pour autant mineure. Loin de là.

Les étapes d’un cinéaste à l’univers inimitable.