Sortie le 12 novembre 1975
Titre original : Behind the green door
Objet insaisissable, ce porno dépasse largement les enjeux habituels du genre pour nous convier à un fantasme collectif, entre l’orgie rituelle à la Eyes wide shut et le récit d’initiation sexuelle. Underground et arty, une vraie curiosité.
L’argument : Un client de bar relate une bien curieuse histoire de rapt et de viol rituel qui aboutit pour la victime, une jeune femme innocente, à la découverte du plaisir et de l’amour collectif.
Notre avis : Parmi les œuvres mythiques du X américain, l’on trouve l’indétrônable Behind the green door, un fantasme filmé comme un long rêve, décalé et mystérieux, dont on ne saisit ni vraiment le sens, ni l’envergure. Un classique, pur et dur, qui transcende le genre coquin en ne présentant qu’une seule et très longue scène à caractère pornographique, à la durée indéfinissable, dont la faculté à fasciner, par la réalisation, le travail sonore et musical et plus globalement par le montage, dépasse largement le cadre de l’exercice d’excitation.
Conçu au début des années 70 par les Frères Mitchell, qui abandonnaient les nudies pour se lancer dans le long métrage, il s’agit là de l’adaptation d’une longue nouvelle tout aussi opaque de par son anonymat, réalisée pour 60.000$. Rentable, cette petite production généra, selon les dires, des bénéfices sur plusieurs décennies dépassant les 30 millions de dollars. Un succès intemporel, par conséquent, pour une œuvre surréaliste, jamais graveleuse ou vulgaire, qui se veut être un glissement progressif vers le fantasme.
Plus qu’un produit masturbatoire, sans âme et sans fil conducteur, Derrière la porte verte, se pose comme un récit, celui relaté par le client d’un bar. A travers son histoire, le spectateur s’égare entre ce qui est vrai et ce qui tient de l’irréel, entre celui qui raconte, ceux qui observent et ceux qui participent. Une mise en abîme magistrale qui floute toute proximité avec le réel alors que l’intrigue tient de la légende urbaine : des protagonistes, après le kidnapping d’une nubile, se livrent à une orgie rituelle, quasi tribale, pour initier la jeune femme à l’amour dans toute sa complétude.
La victime, finalement consentante, c’est Marilyn Chambers, ancien mannequin, au visage frais et sain, loin des clichés de la salope soumise véhiculée par les vidéos X contemporaines. Sa présence radieuse et forte ira jusqu’à charmer David Cronenberg, qui lui proposera peu de temps après un rôle dans Rage. Depuis, le grand public n’a plus vraiment entendu parler d’elle, mais la dame officie toujours. Je vous laisse deviner dans quoi...