Titre original : The certified copy
Profond, complexe et déstabilisant, ce nouveau film d’Abbas Kiarostami est illuminé par la lumière de la Toscane et la fraîcheur du jeu intense de Juliette Binoche.
L’argument : James, un écrivain quinquagénaire anglo-saxon, donne en Italie, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, une conférence ayant pour thème les relations étroites entre l’original et la copie dans l’art. Il rencontre une jeune femme d’origine française, galeriste. Ils partent ensemble pour quelques heures à San Gimignano, petit village près de Florence. Comment distinguer l’original de la copie, la réalité de la fiction ?

Notre avis : Cela faisait maintenant plusieurs années que le cinéaste iranien Abbas Kiarostami n’avait pas livré une oeuvre aussi aboutie que ce Copie conforme. Effectivement, après avoir signé bon nombre de participations anodines dans des films à segments internationaux, on pensait le réalisateur à court d’inspiration. S’exilant en Toscane et utilisant pour la première fois de sa riche carrière des acteurs professionnels, Kiarostami continue sa réflexion sur la fine lisière qui sépare la réalité de la fiction à travers la rencontre de ces deux personnages dont on ne connaîtra jamais vraiment les liens qui les unissent. Après une première demi-heure très théorique qui fait souvent songer au cinéma philosophique de Manoel de Oliveira ou encore de Wim Wenders, le cinéaste opère un glissement narratif particulièrement audacieux. A la manière du David Lynch de Lost highway, l’auteur nous perd en une seule scène qui semble nous entrainer dans une réalité alternative. Alors que les deux personnages venaient à peine de se rencontrer, voilà qu’en quelques minutes, on apprend qu’ils sont mariés depuis quinze ans.

Ce glissement d’une réalité à une autre questionne dès lors notre rapport à la réalité et à l’art. Copie du réel, l’art peut révéler des choses enfouies en nous grâce à la magie du jeu. Dès lors, Copie conforme perd de son aspect théorique pour devenir une réflexion sur les rapports hommes / femmes au sein d’un couple. A ce moment précis, le jeu de Juliette Binoche devient proprement renversant. A la recherche de l’innocence qui était la sienne lorsqu’elle a rencontré son mari, elle se heurte à la froideur de celui-ci. Le choc des deux sensibilités donne lieu aux meilleures séquences de cette oeuvre décidément très troublante. Officiellement récompensée par le Prix d’interprétation à Cannes, Juliette Binoche prouve une fois de plus qu’elle fait bien partie des plus grandes actrices de sa génération. Rien que pour elle, mais également pour le charme de la Toscane (superbe photographie de Luca Bigazzi) et la profondeur des interrogations que soulève le film, Copie conforme est tout à fait fréquentable.

L’unique réalisateur iranien à avoir su s’imposer en Occident.
Verbeux et lumineux, irritant et brillant, "Copie conforme" reste déchiré par ses contraires, à l’image de ses deux parties qui se scindent en un basculement narratif audacieux et parfaitement bien amené. Au bord du surjeu, la prestation primée de Juliette Binoche déroute et ne convainc qu’à moitié.