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Creepshow - La critique

Le film monstre

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Un monument de comédie macabre conçu par deux maîtres de l’épouvante qui connut, à sa sortie, un joli succès international. Une référence dans le film à sketches.

L’argument : Billy est puni. Son père furieux vient de découvrir que son fiston s’adonnait au plaisir des lectures d’épouvante. Dans un accès de colère, le paternel jette la BD horrifique à la poubelle et envoie son fils au lit. Mais, le spectral The Creep, le héros favori de Billy, se matérialise à la fenêtre du jeune garçon et donne vie aux personnages des cinq histoires dans une ultime danse macabre.

Notre avis : Tentative tardive de relancer le film à sketches horrifique très à la mode, notamment en Angleterre, au début des années 70 (Histoires d’outre-tombe, Le caveau de la terreur), Creepshow est né au début des années quatre-vingt d’une rencontre providentielle entre deux maîtres du genre, George A. Romero, le fondateur du mythe des morts vivants qui sortait du succès de Zombies, et Stephen King, jeune écrivain prodige fraîchement adapté au cinéma par des cinéastes talentueux comme Brian de Palma (Carrie) ou Stanley Kubrick (Shining). Les deux hommes découvrent leur passion commune pour les E. C. comics, des bandes dessinés d’épouvante très populaires chez les adolescents des années 50, composées d‘histoires fantastiques courtes, mais fortes, caractérisées par une chute imparable. Nourris à cette même poésie macabre, ils décident de concocter un hommage à ce type de littérature qui va prendre les traits de Creepshow, "le film monstre" (célèbre accroche proposée par le distributeur français).
Le partage des tâches. Le King écrit très rapidement le scénario, cinq histoires de comédie et de terreur pures, peuplées d’un monstre poilu, d’un homme se métamorphosant en plante (Stephen King, lui-même), de morts vivants aquatiques, d’un zombie fétichiste et d’une armada de cafards carnivores. Romero met en scène l’ensemble des récits de manière "cartoonesque", multipliant les vignettes de BD et les éclairages outranciers pour coller au style des comics. Le résultat est formidable de cohérence et respire l’amour des deux hommes pour ce genre dont ils sont toujours épris avec le même regard adolescent.


De nombreux autres talents sont à imputer au succès de cette entreprise. Tout d’abord, celui de Tom Savini, le maquilleur star du début des années 80, spécialiste du slasher et du gros bouillon qui tache, qui conçoit un carnaval de créatures remarquables. Le casting fait appel à des comédiens de premier choix et regorge de grands noms des années 60 et 70 (Leslie Nielsen, Hal Holbrook, Viveca Lindford) et des années 80 (Ted Hanson et Ed Harris). De même, la musique, l’une des plus belles dans son genre, signée John Harrison, contribue énormément à la réussite de cette œuvre. Beaucoup de 33 tours de la bande originale se vendirent et la France commercialisa même un maxi 45 tours opportuniste pour les discothèques.
Inoffensif dans le genre horrifique malgré ses nombreux plans saignants, le film ne se veut guère effrayant, privilégiant la carte de l’humour (un zombie part à la recherche de son gâteau de la fête des pères dans le premier sketch). Et cela marche, en dépit d’une durée que certains trouvèrent excessive (deux heures), le film fut d’ailleurs amputé d’un segment en Allemagne. Creepshow connut un beau succès au box-office, offrant à Romero l’un de ses plus gros hits personnels. Ce fut également l’un des gros cartons des vidéoclubs, alors en pleine expansion. Les monstres connurent les joies d’un merchandising et d’un marketing inédits pour un film de ce genre. Et on employa le talent de grands illustrateurs pour concevoir ses affiches internationales. C’est ainsi que Melki, en France, et Sciotti, en Italie, immortalisèrent l’œuvre dans un visuel d’une incroyable beauté morbide centré sur le pivot du film : le spectre The Creep, qui sert de fil conducteur aux cinq récits.
Romero et Stephen King parvinrent à relancer le genre moribond du film à sketches, puisque, coup sur coup, on vit sortir des ersatz comme En plein cauchemar, Cat’s eye (adapté du King) ou Tales from the darkside réalisé par le compositeur de Creepshow, John Harrison. La télévision ne manqua pas le coche en faisant resurgir Les contes de la crypte d’un passé bien lointain. Creepshow connut évidemment un deuxième volet, réalisé par Michael Gornick, le directeur de la photographie du premier opus, mais cette suite bancale qui sortit tardivement, en 1987, ne connut qu’un succès mineur. Le fantastique ne faisant plus recette à la fin des années 80, la franchise fut délaissée et le film disparut des mémoires alors que son réalisateur allait être évincé des devants de la scène fantastique pendant plus de dix ans. Si Romero revint triomphal en 2005 avec Land of the dead, la mode des sequels et des remakes a permis à Creepshow de redevenir tendance. Taurus, une compagnie indépendante américaine, vient en effet de produire un troisième volet, au budget dérisoire, tandis que Warner Bros a annoncé la mise en route d’un remake de l’original, aussi tardif qu’imprévu. Quand on dit que l’Histoire se répète, que dire du cinéma et de ses histoires...

La bande-annonce : ICI

Frédéric Mignard


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