Durée : 1h47mn
Lire notre interview de Romain Duris
Un imbroglio qui ressemble à s’y méprendre à la vie. Dans ce film au titre évocateur, Jacques Audiard parcourt un nouveau pan de son univers, entre déchéance et rédemption.
L’argument : Tom, un agent immobilier véreux, décide un jour de reprendre la pratique du piano et transforme sa manière de vivre et de voir.
Notre avis : La force de Jacques Audiard consiste sans doute à ne pas se prendre pour un démiurge tout-puissant. Alors, il n’hésite pas à s’adjoindre les services de collaborateurs, notamment d’un scénariste, Tonino Benacquista, avec qui il signe sa deuxième réalisation. Et certes, ses films n’ont rien de génial, puisqu’ils sont surtout artisanaux, construits avec méthode et sans la fougue des grands créateurs. On peut leur reprocher certains effets appuyés : ici, la naissance de l’amour, grosse comme une maison, avec de la lumière partout qui contraste avec les plans sombres (mais après tout, c’est vrai, non, que l’amour se vit dans le soleil ?). Au moins ont-ils l’avantage d’être léchés, de présenter une vraie histoire, des personnages consistants et des thèmes fouillés, et de garder toujours une attention profonde à la technique - d’où une belle image, de beaux plans - comme à la littérature et aux dialogues. Par là même, Audiard parvient à faire un cinéma qui soit du spectacle et de l’émotion à la fois, une œuvre personnelle et visible par un large public, ce qui s’avère plutôt rarissime, du moins dans le paysage français.
Dans De battre mon cœur s’est arrêté, les conflits et les rapports humains prolongent sans surprise l’univers du réalisateur tel qu’il l’a mis en place dès ses débuts. On voit donc Romain Duris, aux prises avec l’incompréhension génétique entre pères et fils, en désaccord tu avec ses collègues et en amour falsifié avec la femme de l’un d’eux. Dans cet imbroglio de relations complexes, qui ressemble à s’y méprendre à la vie, il lui faudra faire des choix, et s’il ne les fait pas, les assumer quand même. Les personnages d’Audiard, toujours un pied dans le glauque, subissent plus qu’ils ne gagnent, une sorte de rédemption, par l’entremise de l’amour, de l’amitié, de l’art (ici, le piano). Même s’ils continuent leur sale besogne, ils en sortent grandis et c’est là que résident leur beauté et celle des films dont ils sont les protagonistes. Contrairement à la fille du Père Noël de Dutronc (chanson d’où est tiré le titre du film), la belle se laisse ici séduire par ce digne fils de Père Fouettard. Nous aussi.
Le DVD
Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Sans conteste, les scènes de répétition dans lesquelles Jacques Audiard dévoile tout le génie de sa direction d’acteur. On retiendra également la (trop) petite interview de Tonino Benacquista, co-scénariste du film. Avec son air malicieux, le romancier revient sur son approche de De battre mon cœur s’est arrêté. Le reste (un commentaire audio complaisant, des scènes coupées dispensables et un bonus caché bof) peut se passer de votre attention.
Image & son : Un film tout en constrastes et zones d’ombre qui se vautre un peu trop facilement dans l’excercice de style : on ne discerne plus rien à certains moments sous couvert d’une mise en lumière sophistiquée. L’image dans son ensemble reste cependant éclatante de précision. Idem pour le son qui vous fera sursauter les tympans par son énergie. Il vous prend littéralement aux tripes, jouant la carte du cinéma sensoriel pour renforcer l’hyperréalisme du film.
Par Caroll
J’ai adoré ce film, le parallèle qu’il y a dans cette histoire, d’un côté la violence dans le boulot avec son père qu’il aime et le souvenir de son enfance avec sa mère au piano. Toute la beauté du film est là. Sa persévérance qu’il met dans ses cours de piano avec une asiatique pour professeur et son aboutissement au concert.
Par Caroll
S.V.P. j’ai besoin d’aide. À toutes les personnes qui ont vu ce film. Dans la scène où il y a altercation entre le père et le fils dans l’appartement du père (au début du film), au mur du salon il y a une gravure de trois personnes assises sur un banc un homme, une femme et un homme barbu, ils n’ont aucun traits dans le visage. Quelqu’un connaît-il l’auteur de cette très belle gravure. Depuis que je l’ai vue et revue, elle me hante et j’aimerais en trouver l’auteur et si possible me la procurer. Merci de me (...)
Par Mykelti BuBba
"De battre mon cœur s’est arrêté" est porté par un Romain Duris omniprésent et presque habité par le personnage de Tom. On saluera aussi la performance de Niels Arestrup, récompensé par le César 2006 du meilleur second rôle. Par l’intermédiaire de ces deux personnages, les rapports père/fils sont particulièrement mis en lumière. La peinture du milieu de l’immobilier est originale, et le décrit comme dur et brutal. À ce titre, on remarquera la séquence où des familles installées dans l’immeuble se font traîner dehors par Tom. La bande-originale est efficace, et (...)
Par salveta
Je vote pour le Audiard car ce film est un mélange subtil de plusieurs sentiments antinomyques et comme le dit le journaliste : ce film ressemble à la vie. Nous ne sommes jamais noir ou blanc. Nous luttons toujours entre notre côté raisonnable et notre côté plus léger. Le personnage qu’incarne Romain Duris transmet parfaitement cette dualité qui existe en chacun de nous. Il est tiraillé entre les passions de sa mère, qu’il n’a que peu connue et donc qu’il idéalise, et les magouilles de son père, qu’il adore mais à qui il ne veut pas ressembler. Un film (...)
Par fouinette
Je ne suis pas trop d’accord avec la critique de cgaillardot. je trouve ce film que j’ai vu en salle lors de sa sortie et j’en garde un souvenir émue. Le personnage justement oscille en permanence entre son côté blanc et son côté noir. Il recherche ses parents à travers ses deux facettes : sa mère à travers le piano, son père à travers les magouilles. Aucun côté ne prend jamais le dessus, il est sur le fil en permanence. Même à la fin quand on pense qu’il a choisi le côté "gentil" comme dit cgaillardot, il reste partagé. J’ai trouvé ce film magnifique sur (...)