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Devil Story (Il était une fois le diable) - la critique + test DVD

Nanarland.com aujourd’hui en DVD !

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- Durée : 1h30mn
- Sortie vidéo : 12 septembre 2011

L’un des pires nanars horrifiques français des années 80, aujourd’hui en DVD, avec une armada de bonus précieux ! Un miracle pour les collectionneurs et les amateurs de curiosités du cinéma bis.

L’argument : Un jeune couple tombe en panne de voiture lors d’un voyage en Normandie. C’est pour eux le début d’une terrible malédiction qui les verra croiser le chemin d’un serial killer nazi, d’une momie, d’un bateau zombie et d’autres envoyés du diable !

Notre avis : A l’époque où 50% de la production française était constituée d’ignobles nanars aux musiques improbables, au jeu d’acteurs exécrable, qui sortaient éventuellement dans quelques cinémas de province et chez des éditeurs VHS 100% indépendant... Devil Story s’illustre. Plus de vingt ans après sa douloureuse conception, le très mauvais film de Bernard Launois est toujours là, bien vivant même pour une nouvelle génération de cinéphiles qui n’ont jamais connu les vidéo cassettes ! Et pour cause, il s’illustrait dans un genre forcément culte, l’épouvante. Avec son gore pompier, son tueur psychopathe de slasher du bon terroir français, sa momie rance, son bateau zombie resurgissant des profondeurs de la Terre et son cheval noir, possédé s’il vous plaît, le culte qui suivit s’exporta jusqu’en Angleterre, aux USA et au Japon. Pas mal pour un produit régional 100% normand, distribué de-ci de-là en province (traduisez par le pire des salles), pour finir sa course dans un site unique à Paris qu’on imagine bien être le Brady !
Tellement mauvais Devil Story qu’il mérite encore en 2011 le coup d’oeil ? Oui ! Le film est quand même réalisé par Bernard Launois, à la carrière improbable, typique d’une exploitation des bas instincts de campagne : on lui doit Lâchez les chiennes, Les Dépravés du plaisir, Partouzes franco-suédoises, mais aussi des comédies 100% ringardes destinées aux lâchés de vieux provinciaux le samedi soir (Sacrés Gendarmes et Touch’ pas à mon biniou/Gueule de vacances). C’est qu’à l’époque, il n’y avait que trois chaînes de télévision, pas encore de magnétoscope et chaque village de 5.000 à 15.000 habitants avait son cinéma unique à la programmation peu exigeante, non réglée à l’heure des sorties nationales !
Devil story est arrivé près de 5 ans après la comédie "biniouesque" avec Sim, comme pour marquer la fin d’une époque, celle de l’avant crise du cinéma, qui allait mettre un terme définitif à cette vente artisanale de produits maison, vendus par des itinérants qui n’étaient pas là pour réaliser du bon cinéma, mais plutôt pour se faire des sous faciles sur des formules ressassées !
En 1986, quand Il était une fois le diable sort, l’indifférence est générale. Personne ne connaît le film. Aucun média n’en parle vraiment et même le magazine star de l’époque, Mad Movies, ne lui consacre qu’une colonne consternée. C’est qu’on ne venait pas au cinéma pour rire volontairement des films. Le critique et le spectateur de l’époque subissaient davantage ce cinéma dit Z, sans le recul humoristique des bisseux chevronnés d’aujourd’hui.
En 2011 (bon même avant, pour l’avoir découvert en VHS dès le début des années 90), le phénomène Devil story prend tout son sens dans le chaos général qui règne dans cette drôle d’entreprise. En compilant tout ce qu’il faut faire pour foirer son entreprise, Bernard Launois dynamite toutes ses chances de réussite pour créer une sorte d’oeuvre somme, gloubiboulga de l’épouvante, où l’absurde involontaire est maître à bord du navire en détresse. Les scènes se suivent sans cohérence narrative, la mise en scène s’ouvre au faux raccord systématique, une jeune femme (est-elle si jeune ?) gambade telle une héroïne à nattes dans la Petite maison dans la prairie avant de se faire pourchasser par un monstre hideux dont le hurlement confine au ridicule, les massacres sont appuyés par des jets de sang profus qui giclent toujours dans le même sens (la direction du tuyau), les animaux (chat et cheval) sont sur employés dans des plans redondants qui ne servent à rien, notre compréhension de l’histoire est mise à rude épreuve avec, après l’apparition du tueur près du campement (typique des slashers à la Vendredi 13), l’insertion d’éléments toujours plus surnaturels comme une momie titubante ou un vaisseau fantôme.
En gros, le bordel est généralisé au milieu d’acteurs sidérant de nullité à qui l’on promettait de tourner dans un jalon de l’épouvante française censé rivaliser avec la grande cavalerie américaine (dixit le réalisateur dans un reportage de FR3 Région, présent dans les bonus !). On se marre donc beaucoup. Tout le temps, même. Mais au-delà de cet exercice très contemporain, consistant à railler les faiblesses du passé, on avoue également bien apprécier l’ambiance imparable de ce vestige douloureux d’un cinéma totalement abandonné, en fin de race.


LE DVD

Les suppléments :

C’est dans les bonus que Devil story pourra séduire les indécis. Ils sont non seulement nombreux, mais en plus, ils sont passionnants, inventifs et drôles :
- Il était une fois Devil Story : documentaire original de 32 minutes sur le film. On retrouve toute l’histoire incroyable de ce long métrage, avec des extraits de tournage, d’émissions d’époque, des interventions passionnantes du cinéaste dans les années 80 et aujourd’hui (attention à la mauvaise foi), mais aussi de Frank Henenlotter (le réalisateur d’Elmer), de la comédienne Véronique Renaud qui revient sur cette première expérience traumatisante...
- Hollywood Devil Story : L’histoire interdite : documentaire parodique avec quelques noms de la scène geek/culte qui s’amusent à transformer le film en chef d’oeuvre du 7e art !
- La Bande-annonce originale et un teaser du film
- Commentaire audio des scènes clés par Bernard Launois
- Possibilité de voir le film avec les commentaires audio de 400 spectateurs morts de rire en direct de la Cinémathèque française
- Le tournage de Devil Story sur FR3 Rouen, reportage très rare qui annonçait une grande sortie du genre ! Et d’autres surprises humoristiques...

L’image :

Le nettoyage maison de Sheep Tapes est évidemment loin de correspondre aux exigences techniques contemporaines. On note parfois un manque de contraste, des plans trop sombres et même des anicroches récurrentes. Mais on est tellement loin de la copie VHS de chez American Video ! Pour cette première édition d’un film rare et destiné à un public niche, on préférera souligner les points très positifs de la copie proposée : un effort colorimétrique, un vrai réajustement des lumières dans la limite du possible.

Le son :

Un tout petit mono (d’origine) pour garantir la saveur des grognements mythiques du monstre dégénéré et les assauts agressifs de sa musique synthétique, accompagné de violon. Le message sonore passe bien !

Frédéric Mignard


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