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Dossier secret (Mr Arkadin) - la critique

Citizen Arkadin

- Durée : 1h36mn

L’argument : Le puissant Arkadin qui est ou se prétend amnésique engage van Stratten, un petit trafiquant venu le faire chanter. Sa mission : reconstituer son histoire. Mais il apparaît bien vite qu’Arkadin tire les ficelles de l’enquête pour escamoter son passé criminel et crapuleux qu’à aucun prix il ne souhaite dévoiler à sa fille. Les témoins retrouvés par van Stratten sont éliminés les uns après les autres. Il se rend compte qu’il sera le prochain de la liste... Mais "logiquement", c’est Arkadin - dernier témoin de lui-même - qui disparaît.

Notre avis : Quatorze ans après Citizen Kane, "exilé" en Europe où il pensait trouver une plus grande liberté de travail, Orson Welles fait tourner en bourrique ses producteurs, ré-écrivant le script pendant le tournage qui dure huit mois, traînant sur le montage à tel point qu’il n’aura pas le final cut. Mutilé d’une trentaine de minutes, réorganisé par le monteur italien Renzo Lucidi, le film a souffert, c’est flagrant. Il reste pourtant parfaitement wellesien dans sa structure (un mouvement en spirale extraordinairement prenant) et dans son esthétique audacieuse (utilisation du grand angle, contre-plongées, géométrisation de l’espace, etc.). Mais c’est par son thème surtout qu’il appartient sans conteste à l’univers de Welles. Celui du mystère de l’être humain qui s’approfondit à force qu’il se dévoile. Comme toujours chez Welles, il n’y a pas de réponse. Où est la vérité quand tout n’est que masques, déguisement et camouflage ? Bal masqué, fausse barbe et existence factice du milliardaire Arkadin, dialogues théâtraux et même la propre voix du réalisateur qui double nombre de petits rôles donnent à cette reconstitution d’une vie l’allure d’un théâtre de marionnettes. Mystification, duperie et artifice : le portrait de l’ambiguïté de l’âme humaine est ici à son comble, faisant de ce film peut-être le plus shakespearien de Welles. Totalement vampirisé par la figure totémique de Mr Arkadin, magnifié par l’imposante stature de Welles lui-même, Dossier secret essaye tant bien que mal de compenser le peu de saveur de ses deux « héros » (Robert Arden et Patricia Medina) par toute une galerie de seconds couteaux aux mines patibulaires. Ainsi, on retiendra les prestations irrésistibles d’Akim Tamiroff et de Katina Paxinou. Malgré son sujet purement commercial, Arkadin s’inscrit avec bonheur dans la filmographie impressionnante d’un des génies du septième art.


Le DVD
Une édition indispensable d’une œuvre toujours aussi efficace aujourd’hui.

Les suppléments

L’interview de Jean-Pierre Berthomé, historien du cinéma spécialiste d’Orson Welles, est tout simplement indispensable puisque celui-ci explique en détail toutes les aventures liées à la gestation difficile de Dossier secret. Prolixe, Berthomé nous tient en haleine durant près de cinquante minutes et nous donne un luxe de détails impressionnant. Reste à consulter quelques rushes assez peu intéressants et une traditionnelle galerie de photos.

Image & son

L’image, pourtant très contrastée, manque trop souvent de définition et révèle trop souvent un grain disgracieux. On attendait mieux à ce niveau. Quant aux pistes sonores en VF et VO mono, elles sont plutôt correctes et parviennent à nous plonger dans l’ambiance fiévreuse du métrage.

Marianne Spozio, Virgile Dumez

Biographie

Citizen Welles

Le génie qui a bouleversé l’histoire du cinéma.

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