Orson Welles, garnement surdoué, investit l’usine à rêves d’Hollywood et y provoque un tremblement de terre.
L’argument : A la mort du milliardaire Charles Foster Kane, un grand magnat de la presse, Thompson, un reporter, enquête sur sa vie. Les contacts qu’il prend avec ses proches lui font découvrir un personnage gigantesque, mégalomane, égoïste et solitaire.
Notre avis : En 1941, le génie joufflu se remet à peine de ses péripéties radiophoniques new-yorkaises. Le phénomène vient tout de même de provoquer un joli mouvement de panique générale à coups de canulars extra-terrestres. Il décide alors de s’en prendre au celluloïd et de faire tourner la tête, cette fois, au cinéma.
Voici donc Citizen Kane, grandeurs et décadences du citoyen Charles Foster Kane. Une biographie officieuse à peine romancée de William Randolph Hearst, le célèbre et rocambolesque magnat de la presse américaine du début du vingtième siècle. Dans sa somptueuse demeure de Xanadu, la construction individuelle la plus coûteuse depuis les pyramides selon les journaux, Charles F. Kane vient de décéder. "Rosebud" est le mystérieux dernier mot qu’il prononce sur son lit de mort. Pour trouver un angle original à son article nécrologique, un journaliste décide de comprendre le sens de ce mot. Il enquête pour cela auprès des gens qui ont connu le personnage. L’occasion de parcourir l’incroyable destinée du Citizen Kane.
Orson Welles est un garnement surdoué. Non seulement il investit l’usine à rêves d’Hollywood, mais il y provoque en plus un tremblement de terre. Il fait table rase de toutes les règles, de tous les codes, de tous les principes narratifs et autres dogmes qu’ont déjà établis deux générations de cinéastes. Il profite à merveille des récentes innovations techniques et optiques des caméras pour bouleverser les perspectives de ses images, et créer de nouveaux espaces cinématographiques. A l’écran, l’effet est saisissant. Ses plans s’appuient sur des lignes de force vertigineuses, idéales pour retranscrire la démesure de l’empire médiatique de Kane. Ses cadres exploitent les nouvelles opportunités de composition avec un talent que n’aurait pas désavoué Eisenstein. Cette maestria est stupéfiante pour un premier film. Le cinéaste joue avec culot de la profondeur de champ, du contraste ou des contre-jours inquiétants. Il use du hors-champ ou de la tension visuelle avec une audace inégalée. Chez Welles, chaque image est une saga en soi.
Le montage offre au récit un rythme frénétique, aussi trépidant que furent les frasques de ce Murdoch d’antan. Citizen Kane est une symphonie endiablée de flash-back et d’ellipses redoutables qui s’entremêlent sans anicroches, ponctuée par des plages plus calmes laissant place à la mélancolie, à l’amertume, à l’amour déçu. Cette structure en puzzle innovante est maîtrisée de bout en bout. Malgré sa modernité, le spectateur ne s’y perd jamais. Alors le chef-d’oeuvre devient référence, puis modèle, maintes fois copié, décliné, cité, jusqu’à aujourd’hui. Après Citizen Kane, rien n’est plus vraiment pareil dans le cinéma.
Soixante ans plus tard, on ne peut oublier l’épopée de l’Inquirer, le journal de Kane, ni la fascination exercée par Xanadu, le seul "personnage" comparable à Kane : tellement grand, et tellement seul. Et ce fameux "Rosebud", ce bouton de rose qui intrigue tant. La clé, le noyau, le talon d’Achille du géant ? Pourquoi ? Qui est-ce ? Et la solution, en forme de magnifique conclusion fataliste qui montre que Rosebud est... Mais arrêtons-nous là, il reste quelques personnes qui, paraît-il, n’ont pas encore visité ce monument. Les veinards.

Par JIPI
Charles Foster Kane s’éteint en solitaire dans un Xanadu Gothique surdimensionné bâti à l’image d’un Kublaï Khan décentralisé dans le nouveau monde. L’énigme Rosebud est en marche accompagnée d’une nécrologie faisant de ce magnat de la presse un détenteur de la totalité des combinaisons universelles de son temps. Fasciste, Démocrate, Communiste, Belliciste, Sympathisant nazi, volage, Philanthrope. Quantités d’opinions n’ayant qu’une seule image Charles Foster Kane clone de William Randoph Hearst le célèbre industriel multimillionnaire. (...)
Par minime
Un monument du cinéma mondial, un chef d’œuvre absolu, un film qui mériterait que l’on invente la classification « 5 yeux », bref, n’en jetez plus, il faut voir Citizen Kane. Construit comme une pique contre le magnat de la presse William Randolph Hearst (qui a tenté de le censurer)), Citizen Kane a traversé les âges pour symboliser le rêve perdu du puissant, une fable lucide sur notre monde qui grandit en oubliant son âme. Que dire de plus sur le film que n’a pas dit Romain Rogier. Révéler ce qu’est « Rosebud » peut-être ? Non, ce serait vraiment trop (...)