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Fin août, début septembre - la critique

Un an, une vie

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- Durée : 1h52mn

Une ronde des sentiments mineure mais touchante par le prolifique Olivier Assayas. Le jeu inspiré des comédiens et le style brut du cinéaste font la différence.

L’argument : Chronique de la vie de deux amis, Gabriel et Adrien, depuis la fin août jusqu’au début septembre de l’année suivante. Adrien, malade, se trouve confronté au terme précoce de son existence. Quant à Gabriel, il est déchiré par deux amours et devra progressivement se détacher de l’influence d’Adrien.

Notre avis : Olivier Assayas est un cinéaste singulier et éclectique, parfois déroutant, naviguant entre policiers poisseux (Boarding gate, Demonlover) et chroniques plus douces et plus intimes (L’heure d’été, le dernier en date). Réalisé en 1998, Fin août, début septembre appartient immanquablement à la seconde catégorie. Sorte de "film de trentenaires" avant l’heure, le long suit sur un an l’itinéraire de quatre amis/amants qui s’entrecroisent et se heurtent dans le tourbillon de la vie, au gré d’un découpage précis en périodes - afin de dresser, in fine, quelque-chose comme un bilan. Un peu à la manière d’un Bacri-Jaoui, la théâtralité en moins, le long-métrage capte de purs instants de vie dans toute leur quotidienneté voire leur banalité, pour en tirer des portraits de caractère d’une grande acuité. La mise en scène tendue, caméra à l’épaule, accentue le sentiment de vérité que nous évoquent les destinées de Gabriel (Amalric), Adrien (Cluzet), Jenny (Jeanne Balibar) et Anne (Virginie Ledoyen).
Plus précisément, Fin août, début septembre traite sans aucune ostentation de la difficulté de mener sa vie comme on l’entend, en respectant ses idéaux, sans se compromettre. Pas de jugement ou de démonstration dans la démarche d’Assayas : des images, des situations, des faits, et surtout des personnages qui n’ont aucune idée de ce que l’avenir leur réserve. Comme dans la vie... Dans le rôle de Gabriel, Amalric est remarquable et restitue très bien cette valse des hésitations par ses yeux fuyants, ses attitudes louvoyantes. Qui choisir entre Anne, la passionnée, l’anticonformiste (dont les crises et les coups de tête réguliers illustrent abruptement tout refus du compromis) et Jenny, son ex, plus douce et raisonnable ? Vers où s’orienter, vers la situation "stable" que lui présente sa famille bien installée, bien embourgeoisée (son frère réprobateur), ou sur le chemin sinueux de sa passion, l’écriture ? A ce titre, son meilleur ami représente un miroir écrasant de sa propre situation : écrivain talentueux mais en déclin, au bord de la misère, névrosé, fragilisé par une maladie rampante - c’est Adrien, le personnage le plus touchant du film, interprété par un François Cluzet parfait. Assayas livre un portrait sans phare de la vie d’artiste, dans toutes les difficultés qu’elle soulève et les incompréhensions qu’elle suscite. Tous les acteurs, des têtes d’affiches jusqu’aux seconds rôles solides (Alex Descas, Eric Elmosnino, sans oublier les premiers pas de la jeune Mia Hansen-Love, future réalisatrice du Père de mes enfants), dégagent une vérité et une authenticité rafraîchissantes.
Un drame intime couve pendant tout le film, on le pressent et il éclate enfin dans le dernier tiers. Si Assayas n’évite pas les séquences larmoyantes, il a pourtant la belle idée de transformer cette épreuve en nouveau départ pour ses personnages, une occasion de laisser un poids derrière eux et de repartir de l’avant. La clé d’une évolution, notamment pour Gabriel (joli dénouement, entre optimisme et mélancolie). Fin août, début septembre brille par sa simplicité et sa limpidité, c’est sa qualité mais aussi sa limite : en se concentrant sur des personnages aussi "ordinaires" sans rien leur faire vivre de fondamental (du moins en surface), Assayas ne trouve jamais la force de ses meilleurs films - on pense à Clean (2004), dont le soin apporté aux caractères n’empêche jamais une certaine ampleur. Sa mise en scène et ses partis-pris naturalistes peuvent rebuter, mais donnent une intensité réelle à l’entreprise : Assayas fait véritablement "vivre" son histoire et ses personnages, dans toute leur dimension brute (dans les scènes d’amour notamment), tout en portant sur eux un vrai regard de cinéaste. Sa liberté de manoeuvre, la souplesse de sa caméra lui permettent aussi un jeu habile sur les reflets, renvoyant une image réfractée de ces hommes et de ces femmes à l’identité vacillante, insondable, encore instable. Une belle sensibilité pour un film mineur, mais charmant.

Frédéric de Vençay




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