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Fureur apache - la critique

Baroud d’honneur

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Nihiliste, aride et faisant fi du politiquement correct généralement à l’œuvre à Hollywood, ce très grand western de Robert Aldrich s’impose comme une œuvre majeure qui déstabilise encore de nos jours.

L’argument : Après que l’Apache Ulzana se soit évadé d’une réserve, le jeune officier De Buin se lance à sa recherche. Alors que l’Apache, dont le fils a été tué par les tuniques bleues, sème la terreur sur son passage, De Buin doit s’opposer au vieux scout McIntosh qui n’apprécie pas ses méthodes.

Notre avis : Après avoir connu un véritable triomphe commercial avec Les douze salopards (1967), le cinéaste Robert Aldrich a fondé sa propre société de production, ce qui lui a permis de développer des projets plus personnels généralement rejetés par les grands studios. Malheureusement, la plupart de ses films ont perdu de l’argent, limitant peu à peu son influence au sein de l’industrie cinématographique américaine. Lorsqu’il signe Fureur apache (1972), le cinéaste est déjà aux abois et tourne l’intégralité du film en quatre semaines pour un budget restreint de 1,2 millions de dollars. Il doit pour cela prendre en participation l’acteur Burt Lancaster qui a, dès lors, un droit de regard sur le produit fini.
Au moment où le western révisionniste est à la mode, il paraissait tout à fait légitime que l’un des pionniers du genre (Aldrich tourna notamment Bronco Apache, un des premiers films pro-indien avec Burt Lancaster dès 1954) vienne ajouter sa pierre à l’édifice. Pour cela, le réalisateur et son scénariste Alan Sharp s’inspirent d’un fait historique (la rébellion de l’apache Ulzana en Arizona à la fin du 19ème siècle) qu’ils bouleversent de fond en comble afin de se démarquer de la production ambiante. Troublant à plus d’un titre, Fureur apache se distingue des deux tendances principales du western américain et emprunte une voie totalement originale qui a désarçonné les critiques de l’époque, ainsi que le grand public. Loin de présenter des Apaches inoffensifs, Aldrich les décrit comme des guerriers violents qui n’hésitent pas à reprendre le sentier de la guerre pour affirmer leur virilité, totalement émasculée par leur confinement dans les réserves. Cette description contredit donc totalement la vision angélique des indiens proposée depuis la fin des années 60. Pour autant, le film présente également des Blancs scandalisés de la violence des peaux-rouges alors que leur propre religion protestante est à l’origine du massacre organisé de milliers d’indiens, tout ceci au nom de Dieu.
N’accusant personne et renvoyant dos à dos tous les protagonistes, Aldrich prend donc le risque d’empêcher toute identification du spectateur avec un quelconque personnage. Chaque être accomplit ce qui lui semble être son devoir, ce qui débouche inévitablement sur un massacre de grande ampleur. Ce ton franchement nihiliste et désabusé culmine dans un dernier quart d’heure plombant où aucune échappatoire n’est possible. Instaurant un malaise palpable à chaque seconde, Aldrich signe donc une œuvre, certes inégale sur le plan formel, mais enthousiasmante par les ambiguïtés morales qu’elle implique, le tout sans jamais tomber dans le moindre manichéisme.
Notons qu’il existe deux montages différents du film : l’un approuvé par le cinéaste et l’autre demandé par Burt Lancaster. Cela explique certaines incohérences repérées durant la projection, ainsi que les coupes peu heureuses qui interviennent à intervalles réguliers, parfois en dépit du bon sens. Il reste donc à publier un DVD qui proposerait les deux versions afin de pouvoir les comparer. En l’état, Fureur apache demeure un excellent western, aride et percutant. Le dernier grand film d’un cinéaste qui allait connaître une fin de carrière moins glorieuse.

Notes : Sorti essentiellement sur Paris, le film a pris la tête du box-office parisien lors de sa première semaine d’exploitation avec 42 930 entrées. Mais son impressionnante chute l’a condamné à n’être qu’un coup d’épée dans l’eau puisque le film disparaît en moins d’un mois, ayant réalisé moins de 100 000 entrées. Un échec sans appel pour un film avec une star du calibre de Burt Lancaster.

Virgile Dumez


Biographie

Robert Aldrich, le défricheur

L’homme qui a dépoussiéré le cinéma hollywoodien des années 50.

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