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Gabbo le ventriloque (The Great Gabbo) - la critique

Le ventre en loque

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Faux film fantastique, ce long-métrage typique des débuts du parlant exploite une technique novatrice en livrant de nombreux numéros musicaux qui cassent le rythme de la narration, au risque d’ennuyer.

L’argument : Le ventriloque Gabbo donne des représentations avec son assistante, Mary. Après avoir raté une scène, celle-ci est chassée. Elle trouve alors un nouveau partenaire, ce qui rend Gabbo fou de jalousie. Il sombre alors dans la démence, aux cotés de son inquiétante marionnette…

Notre avis : Pionnier du cinéma hollywoodien, le réalisateur James Cruze a débuté sa carrière comme acteur avant de devenir un metteur en scène de western respecté grâce à la superproduction La caravane vers l’Ouest, véritable triomphe datant de 1923. Par la suite, le cinéaste s’est spécialisé dans le western épique où le paysage compte pour beaucoup dans l’efficacité de ses longs plans séquences. A l’aube du parlant, son talent décline quelque peu, même si son aura demeure intacte. Avec Gabbo le ventriloque (1929), il tourne son quatrième film parlant à l’heure où la plupart des cinéastes ne maîtrisent pas encore cette technique novatrice. Il dispose d’un budget conséquent et d’un casting prestigieux (Erich von Stroheim n’est pas encore totalement tombé en disgrâce et Betty Compson est au sommet de sa carrière grâce à une bonne adaptation au cinéma sonore) pour mettre en scène les déboires sentimentaux d’un ventriloque fou amoureux de sa collaboratrice. Se situant dans le milieu du spectacle, le drame mâtiné de fantastique (on se demande toujours qui anime la marionnette) donne l’occasion au cinéaste de proposer au spectateur une revue musicale complète, en parallèle avec l’intrigue principale. A la sortie du film, il existait même quelques séquences colorisées qui ont malheureusement aujourd’hui complètement disparu.
Si le cinéaste fait preuve d’un réel talent pour diriger ses acteurs sans qu’ils grimacent à la façon du muet, il en a beaucoup moins pour distiller une atmosphère mystérieuse. Ainsi, Gabbo le ventriloque se révèle être un simple drame sentimental couplé à une comédie musicale, là où le spectateur s’attend à une œuvre fantastique déroutante. On peut rêver de ce qu’un Tod Browning aurait pu tirer d’un tel sujet. En lieu et place d’une œuvre tendue, le spectateur devra supporter d’interminables séquences mettant en scène une revue kitsch sur fond de musique braillarde. Cette accumulation de séquences chantées et dansées (toutes filmées en plans fixes) n’apporte que peu d’éléments à la dramaturgie et retarde bien au contraire la déchéance mentale du personnage principal au point de la rendre peu crédible. Symptomatique des débuts du parlant, The Great Gabbo (1929) est donc un spectacle terriblement daté qui ne devrait passionner que les cinéphiles les plus endurcis, avides de redécouvrir les balbutiements du cinéma sonore. Les autres risquent de s’ennuyer ferme.

Le film est disponible dans le coffret DVD Erich von Stroheim mystérieux dont voici le visuel :

Virgile Dumez


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