A vouloir suivre trop de pistes narratives, le cinéaste Marc Goldstein perd de vue son sujet et signe un premier film ambitieux, mais raté.
L’argument : Jack et Henry, amis de longue date, sont deux célèbres et talentueux pianistes qui s’affrontent régulièrement lors de concours. Mais leur amitié se brise lorsqu’Henry lui casse la main. Ce nouveau handicap plonge Jack dans une profonde dépression, jusqu’au jour où il découvre que son robot domestique, 3948, développe des capacités insoupçonnées pour la musique. Jack se dit qu’il tient là sa revanche !

Notre avis : Après l’ambitieux Mr Nobody (2009), la Belgique semble prendre goût à la science-fiction puisque Glenn, malgré un casting international et un tournage dans la langue de Shakespeare, a été entièrement financé au plat pays. Autant le dire tout de suite, le manque criant de moyens se fera ainsi ressentir durant l’intégralité de la projection. Le cinéaste tente d’ailleurs tant bien que mal de masquer son misérable budget en abusant d’effets spéciaux donnant l’impression de regarder des images issues de Photoshop. On était toutefois disposé à passer outre ces circonstances pour peu que l’histoire nous touche au cœur. Marc Goldstein part d’une excellente idée qui voit un robot domestique devenir un pianiste virtuose afin de remplacer son maître, musicien handicapé par une main brisée. Le pitch de départ avait de quoi séduire et pouvait donner lieu à une petite œuvre indépendante touchante, renforcée par une réflexion sur ce qui distingue l’homme de la machine, comme dans le très beau et sous-estimé AI de Steven Spielberg.

Malheureusement, Marc Goldstein échoue quasiment sur tous les tableaux en explorant un nombre impressionnant de pistes narratives qui ne mènent nulle part. Il nous invite tout d’abord à fouiller le passé du personnage principal à travers la présence énigmatique de son père (Patrick Bauchau, visiblement absent) que l’on ne reverra plus par la suite, avant de s’arrêter sur la rivalité sentimentale entre deux amis amoureux de la même femme. Cette partie du film devient à son tour secondaire lorsque le robot se détraque et emprisonne les protagonistes dans un appartement qui peut exploser à chaque seconde. Dès lors, le thriller l’emporte, avant de s’estomper à son tour pour une fin mélodramatique du plus mauvais effet. Massacré par un montage inepte, Glenn n’est guère relevé par une interprétation médiocre (la palme revenant à notre Gérard Depardieu national, tout bonnement ridicule en présentateur télé) qui le fait crasher en plein vol. D’une durée excessivement courte (même pas une heure et dix minutes si l’on retire l’interminable générique final), cet essai de SF belge est donc une cruelle déception.
