Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
Lancement parfaitement réussi d’une nouvelle franchise marquée par sa finesse psychologique. Twilight peut définitivement aller se rhabiller...
L’argument : Chaque année, sur les ruines de ce qui était autrefois l’Amérique du Nord, le Capitole, l’impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille – les « tributs » – concourir aux Hunger Games. À la fois sanction envers la population pour avoir tenté de se rebeller et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. Le dernier survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés aux jeux toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, un ancien vainqueur des Hunger Games mais qui a sombré dans l’alcool. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…

Notre avis : Twilight définitivement ringardisé aux yeux des ados ? On l’espère. Hunger games est la bonne surprise américaine qu’on n’espérait plus dans le genre blockbuster adolescent. Promis au succès facile grâce aux records battus en préventes et une déferlante médiatique conséquente, l’adaptation du premier volet littéraire de la série de Suzanne Collins fournit de nombreuses raisons de se réjouir, tout d’abord en ne faisant aucun affront à l’oeuvre d’origine, respectée à la lettre. La réalisation sobre de Gary Ross, emplie de silences et de temps morts volontaires, ne cherche jamais à se rendre vers une vision artistique trop personnelle ou commerciale qui trahirait l’écriture de l’auteure. Elle refuse de trouver son rythme dans l’action forcée par une accélération traître du rythme ou dans un déluge excessif d’effets spéciaux qui ne s’imposaient pas dans le style du bouquin. Au contraire, la sobriété de mise en scène se nourrit des conflits intérieurs alambiqués de personnages traqués et poussés dans leurs retranchements. Les ados du film sont, en effet, confrontés par obligation à la survie viscérale dans un vaste environnement sylvestre. Leur seule issue ? S’entre-tuer jusqu’au dernier pour repartir gagnant d’un jeu abject, déguisé en rite séculaire pour honorer les morts et la paix conséquente survenue lors d’une guerre civile qui a confronté, dans un grand rapport de forces sociales et communautaires, les différents "districts" d’une nouvelle société érigée sur le sol américain, Palem.
Dans ce postulat de science-fiction qui aime à réfléchir sur la manipulation et la soumission des classes estimées inférieures, livrées au bon vouloir d’une élite criarde et clownesque (il faut voir les accoutrements de ses représentants), il est de bon ton d’élever le spectateur de moins de 16 ans en lui offrant une réflexion royale sur la société de divertissement et de consumérisme inepte à laquelle il prend part quotidiennement. Avec une vraie noirceur dans ses idées, qui se manifeste, certes, de façon sommaire graphiquement pour éviter une classification lourde (ce n’est pas non plus Battle Royale, le pendant nippon trash du début des années 2000), Hunger Games impose aisément à l’écran sa nébuleuse de personnages sans pour autant nous choquer dans le choix très juste des comédiens. Jennifer Lawrence (Katniss), qui nous avait déjà émus dans Le complexe du castor de Jodie Foster, est saisissante d’humanité dans un contexte de barbarie qui ne la transforme pas en figure figée de production adolescente. Son regard est plus éloquent que celui de Kristen Stewart sur 4 Twilight où le personnage de Bella enferme le potentiel de la comédienne qui l’incarne. Parmi la belle brochette d’acteurs qu’offre Hunger Games, citons Josh Hutcherson (Le secret de Terabithia, Voyage au centre de la terre), Wes Bentley (American Beauty), Donald Sutherland et même Lenny Kravitz dans le rôle surprenant de Cinna, l’ange gardien de l’héroïne... Du beau monde qui donne foi dans la franchise, à condition de conserver le même réalisateur, même si visuellement le film n’est pas tape-à-l’oeil comme tous les derniers Harry Potter ont pu l’être. L’intérêt d’Hunger games étant ailleurs... A découvrir, donc.

Scénariste fêté à Hollywood, Gary Ross semble être sur le bon chemin pour une belle carrière de réalisateur.
Par roger w
Début en demi-teinte pour cette nouvelle franchise. Si l’histoire est vraiment intéressante par ses nombreuses résonances politiques et sociales, ainsi que sa réflexion sur le rôle des médias et le maintien d’une société totalitaire, on est moins emballé par la réalisation de Gary Ross qui n’a sans doute pas l’étoffe pour porter un tel projet sur ses frêles épaules. S’il donne au film un certain cachet "film d’auteur", il oublie au passage de donner du rythme à un ensemble bien mou du genou. Dire qu’on ne s’ennuie pas serait mentir tant les (...)