Les étiqueteurs maniaques en seront pour leurs frais. Rezvani est un artiste inclassable. L’écrivain prolixe dont Les années-lumière et Les années Lula inaugurèrent une œuvre flamboyante, est également poète, peintre et parolier. C’est ainsi lui qui sous le pseudonyme de Cyrus Bassiak, a offert à Jeanne Moreau les paroles du Tourbillon, de La mémoire qui flanche et de bien d’autres chansons intemporelles. Mais si son talent s’est déployé dans différents genres, l’amour, à travers notamment l’image de Lula, la femme de sa vie, et la célébration de l’art, ont toujours été au cœur de son œuvre lumineuse.
A soixante-seize ans, Rezvani a décidé d’interpréter pour la première fois ses chansons avec la sortie d’un album Les grains de beauté, fait l’objet d’une exposition dans une galerie parisienne et publie un recueil de nouvelles Les voluptés de la déveine. Autant d’actualités artistiques comme pour mieux illustrer sa volonté d’explorer au gré des mots, des notes et du pinceau la magie de l’amour et les secrets de l’esthétique.
Les voluptés de la déveine sont de curieuses histoires construites autour d’un héros que les amateurs de Rezvani ont déjà eu le privilège de rencontrer. Les lecteurs du roman L’origine du monde ont encore en mémoire le nain Bergamme qui bataillait contre la consommation d’art. Mais peut-être ont-ils oublié cet étonnant personnage secondaire dont on retrouva le corps dans le grand musée, incendié par le nain. Ce n’était pourtant là que l’ultime mésaventure du malheureux commissaire Quevedo. Revzani en a fait cette fois-ci le personnage principal de son recueil de nouvelles. L’auteur en effet annonce d’entrée s’être retrouvé en possession d’un journal écrit par son héros. Ce dernier y narre la malchance qui de tout temps a accablé ses aïeux.
Faute d’enrayer le mauvais sort, la famille Quevedo s’est toujours glorifiée de la guigne dont elle était l’objet au point de sourire de ses pires infortunes tel ce Quevedo mis aux fers et qui nargua des années son geôlier. S’ensuit ainsi sans respect du temps ou de la véracité un chapelet d’histoires farfelues qui témoignent autant de l’imagination que de l’espièglerie de leur auteur.
Rezvani s’amuse, jubile parfois, quitte à titiller son lecteur en le prenant directement à partie. Quelques hommages passent comme ceux faits à Borges ou Cervantes et son mythique guignard, Don Quichotte. Des pointes d’ironie surgissent comme cette allusion à ces personnages réels qui s’indignent de leur ressemblance (Rezvani en ayant déjà fait les frais après avoir été traîné en justice...). Ces "nouvelles drolatiques" sont certes loin des fulgurances magnifiques auxquelles nous avait habitué Rezvani avec ses précédents romans. Mais telle n’était pas leur ambition première. Loin des "écrits sérieux", ces contes facétieux ont pour seul but de laisser libre cours à l’imagination follement débridée de leur auteur. Une pause récréative en somme.