Accueil > Les réalisateurs > L > Lubitsch, Ernst > Je ne voudrais pas être un homme (Ich möchte kein Mann sein)- La critique

Je ne voudrais pas être un homme (Ich möchte kein Mann sein)- La critique

Garçon manqué

- Durée : 44mn
- Titre original : Ich möchte kein Mann sein

Exubérante et stylée, une comédie du travestissement joyeusement déstabilisante par un Lubitsch au sommet de son génie comique.

L’argument : Ossi la rebelle boit, fume et joue au poker. Dr Kersten est chargé de lui enseigner les bonnes manières, mais Ossi ne se laisse pas faire. Déguisée en jeune homme elle se rend dans une boite de nuit où elle rencontre Kersten, qui ne la reconnaît pas. Les deux hommes sympathisent et leur joyeuse virée nocturne s’achève par un baiser sur les lèvres. Le lendemain matin , chacun se réveille dans le lit de l’autre. Ossi dévoile son identité. Et ils se tombent dans les bras.

Notre avis : C’est dans les mois qui précèdent l’armistice de 1918, en pleine guerre donc (le visa de censure est de juillet, le film sort en octobre), que Lubitsch tourne à Berlin Ich möchte kein Mann sein, une de ses comédies les plus audacieuses et les plus accomplies.
Il y retrouve l’exubérante Ossi Oswalda, qui avait débuté avec lui dans Schuhpalast Pinkus (1916) et sera bientôt La princesse aux huîtres - Die Austernprinzessin et La poupée - Die Puppe.

L’Ossi du film (la protagoniste porte le nom de l’actrice), véritable garçon manqué, est une jeune femme indisciplinée et ignorante des bonnes manières qui s’inscrit dans la lignée d’autres héroïnes de cinéma allemand de l’époque : l’Asta Nielsen de Engelein (1914) ou la Dorrit Weixler de la série des Malheurchen. Il faut la voir jouer au poker avec les jardiniers ou faire tourner en bourrique sa gouvernante pour mesurer la vitalité et la réjouissante insolence du personnage.

L’exaltation de personnages féminins en conflit ouvert avec les valeurs patriarcales (et bellicistes) et les conventions figées de la société wilhelminienne est décidément un train commun à de nombreux films de cette période, comédies ou drames (Die Sühne - L’expiation de Emerich Hanus, 1917), et le motif du travestissement est fréquemment utilisé (voir Fraülein Piccolo de Franz Hofer).

Néanmoins, la franchise avec laquelle Lubitsch aborde ici les questions de genre est proprement sidérante, La force déstabilisante du film restant intacte près d’un siècle après sa réalisation et rendant oiseuse toute considération sur le bon ou le mauvais goût supposé de l’auteur. Car ce qui frappe ici c’est l’élégante netteté du trait comique et la grâce musicale de l’exécution (étourdissante chorégraphie des scènes de bal et mobilité joyeuse de la caméra accompagnant les chassés croisés et les quiproquos de l’intrigue).

Les comédies allemandes de Lubitsch, auquel la Cinémathèque française consacre une rétrospective du 25 août au 10 octobre 2010, sont toutes irrésistibles, mais Ich möchte kein Mann sein, véritable tourbillon de 44 minutes, est particulièrement euphorisant.

Un extrait du film : ICI

Claude Rieffel

Découvrez toute la BD avec

Bedeo.fr : bande dessinée

avoir-alire est édité par Bedeo.fr

Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis