Durée : 1h04
Sortie vidéo : le 8 avril 2010
format : 1:77, 16/9e compatible 4/3
L’un des X fondateurs du porno américain, tourné comme une authentique oeuvre d’art par un cinéaste talentueux du nom de Gérard Damiano. A découvrir, même par les spectateurs non portés sur la chose.
L’argument : Après son suicide, Justine Jones, une vieille fille sexuellement frustrée, est contrainte à errer dans les limbes du Purgatoire. Afin de mériter sa place en Enfer, on lui propose pour un court laps de temps de retourner sur Terre et de s’adonner aux plaisirs de la chair les plus extrêmes.
Notre avis : D’une durée très courte d’à peu près une heure, avec une première scène pornographique n’intervenant vraiment qu’au bout de 15 minutes, L’enfer pour miss Jones (1973) s’éloigne définitivement des productions X contemporaines. Cette production a été tournée par Gérard Damiano après le succès historique de Deep throat. Ce dernier, intitulé Gorge profonde en Français, aurait rapporté des centaines de millions de dollars depuis sa sortie. Il est question, dans ce second blockbuster du X américain, d’une femme fraichement suicidée, Miss Jones, qui se retrouve aux portes de l’enfer après des années de souffrance en tant que femme seule et ... vierge ! La femme est interprétée par une inconnue de la profession, Georgina Spelvin, une cantinière de 37 ans à l’allure universelle qui octroie immédiatement un cachet de sympathie au métrage.
Le postulat fantastique initial naît d’un moment dramatique. La première séquence dévoile l’une des scènes de suicide les plus émouvantes de l’histoire du cinéma, tournée en temps réel, avec un sens du cadrage et une utilisation de la bande-originale qui dépassent largement le cadre du divertissement solitaire.
Avec une mélancolie collant à la détresse du personnage principal, Devil in miss Jones s’installe ensuite dans une initiation sexuelle posthume tout à fait surprenante. Avec ses jeux sadiens - l’héroïne s’appelle Justine et suit les ordres exigeants d’un maître incarné par la porno star Harry Reems-, l’écart fantastique plonge la femme vierge dans les différentes formes d’épanouissement sexuel (massage saphique, onanisme, fellation et tout le bazar de l’hôtesse de ville).
L’enseignement charnel est sensuel, toujours dans le refus de la vulgarité, propre aux délices du songe, celui dont le personnage de miss Jones ne semble plus pouvoir se passer. Sa conclusion qui la précipite dans une forme de solitude et donc de frustration éternelle, marque par conséquent un virement évident vers le cauchemar, alors que le cinéaste lui-même intervient en tant qu’acteur dans le rôle d’un dément qui abandonne l’héroïne à ses ardeurs dévorantes qu’elle ne peut plus satisfaire. On avait été prévenu dès le départ, le film lui-même s’ouvrait par une prolepse renvoyant à ces derniers instants, et souvent durant le métrage la musique accompagnatrice, inquiète plus qu’elle n’excite ou n’adoucit les mœurs.
Sorti en France en 1975, L’enfer pour miss Jones connut un joli succès sur notre territoire. Certes, le triomphe fut moins évident que celui d’Exhibition, qui trônait cette même année en tête des productions cochonnes, mais il permit d’alimenter un culte sur plusieurs décennies, parfaitement entretenu par une sortie vidéo chez Hollywood au début des années 80. Aujourd’hui c’est au DVD, édité par Wild Side dans son incontournable collection des X américains, de nourrir la légende.

Les suppléments
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On reste un peu sur notre faim, vu l’ampleur du culte autour du film. Pas de documents américains, aucun trailer, juste une présentation (toutefois pertinente !) du cinéaste et de son métrage par Jacques Zimmer, notre spécialiste français du X, et par quelques protagonistes de la filmographie mythique du réalisateur (dont l’actrice Sharon Mitchell qui, comme beaucoup de porn stars, a visiblement goûté à la chirurgie esthétique de façon excessive !).
L’image
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Comme promis par l’éditeur pour tous les titres de sa colection, initialement tournés en 35mm, on découvre le film dans des conditions plus que satisfaisantes. Il y a bien un certain grain plus ou moins visible sur certaines scènes, et quelques petites nuisances temporelles, mais la copie a été contrastée de manière chaleureuse, ce qui apporte un réel confort visuel.
Le son
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Miss Jones jouit (dans tous les sens du verbe) d’une piste mono, en version originale, certes un peu étouffée dans les dialogues, mais suffisamment audible. Surtout, elle rend un bel hommage à la bande-son particulièrement travaillée du métrage.