Accueil > Les réalisateurs > C > Cavalier, Alain > L’insoumis - la critique

L’insoumis - la critique

La marche funèbre du déserteur

Acheter sur Priceminister

Sujet polémique pour un film bouleversant sur le destin d’un déserteur, magnifié par un Alain Delon au sommet de son talent.

L’argument : A la fin de la guerre d’Algérie, un soldat déserteur passé à l’OAS participe à l’enlèvement d’une avocate qui doit défendre des membres du FLN. Pourtant, séduit par la jeune femme, il décide de la libérer. S’ensuit une traque sans fin.

Notre avis : L’insoumis (1964) est le deuxième long métrage d’Alain Cavalier et sa seconde incursion dans un sujet pourtant très controversé à l’époque, à savoir la guerre d’Algérie. Même si elle apparaît seulement en filigrane au début du métrage, on ne peut s’empêcher, aujourd’hui, de voir l’histoire de ce déserteur totalement paumé comme une métaphore d’une France particulièrement déboussolée par une guerre qui a brouillé tous les repères idéologiques traditionnels. Ainsi, le parcours de ce soldat est intéressant à plus d’un titre car le cinéaste n’a pas choisi la facilité : il nous oblige à suivre pas à pas l’itinéraire d’un homme qui nous apparaît vil, désagréablement individualiste au début du film. Puis, par petites touches impressionnistes, finit par se dresser le portrait d’un homme pétri de défauts, mais finalement très attachant jusque dans ses failles.
L’atout principal du metteur en scène réside dans le choix de son interprète principal. Alain Delon irradie l’écran par sa beauté, par la profondeur de son regard, parvenant à en dire beaucoup avec un minimum de moyens. Il rend son personnage de faux mauvais garçon touchant et lui insuffle une grandeur qui touche au sublime lors des bouleversantes scènes finales. Dès qu’il apparaît à l’écran, il éclipse littéralement ses partenaires pour capter notre attention. Cela s’appelle la grâce.
Il est aidé en cela par un cinéaste talentueux, montrant une réelle efficacité lors des scènes de traque, où le suspense est bien présent. Mais qui transcende son scénario lors des passages intimistes où chaque geste est étudié avec minutie et sublimé par une grande science du cadre et de l’atmosphère. La musique inspirée de George Delerue est utilisée avec parcimonie mais toujours à bon escient pour souligner les séquences les plus dramatiques.
L’échec commercial retentissant de cette œuvre a malheureusement condamné Alain Cavalier au silence durant de nombreuses années, et l’ont obligé à signer quelques œuvres de commande avant de pouvoir s’atteler à un projet plus personnel, près de douze ans plus tard. Le temps rendra pourtant justice à son travail, irréprochable sur cet Insoumis.

Virgile Dumez




Il n'y a pas encore d'avis pour cet article. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis