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L’Oncle Charles - la critique + test blu-ray

Faire une comédie n’est plus un long fleuve tranquille

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Les retrouvailles entre Etienne Chatiliez et Florence Quentin se soldent par une comédie balourde, à mille lieux de la qualité de leurs précédentes collaborations.

L’argument : En Nouvelle-Zélande, un richissime homme d’affaires d’origine française, Charles Doumeng, voit basculer sa vie en apprenant qu’il est atteint d’une maladie incurable. Sexagénaire, sans famille ni héritier et n’ayant plus que quelques semaines à vivre, éprouvant un soudain regain d’affection, il se met à la recherche de sa sœur, qu’il n’a pas revue depuis cinquante ans, dans l’ouest de la France. A Mauprivez, petit village de la région nantaise, Corinne, trente-cinq ans, clerc de notaire, gros besoin d’argent, tombe sur l’annonce que Charles a écrite pour retrouver sa sœur, et dont la récompense est énorme. Elle part à la recherche de cette inconnue, sans succès, et décide, avec l’aide de son entourage, de lui former une famille sur mesure… La supercherie marche du tonnerre. A l’autre bout du monde, Charles est aux anges, heureux d’avoir enfin trouvé des héritiers. Mais la vie réserve des surprises et les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules… Charles a été victime d’une erreur de diagnostic, il n’a jamais été malade ! Fou de joie, il décide de venir en France pour rencontrer sa nouvelle famille. Les emmerdes commencent… Notre avis : Entre 1988 et 1995, le duo Etienne Chatiliez/Florence Quentin avait offert au cinéma hexagonal trois comédies qui, si elles n’étaient pas des chefs-d’oeuvre du genre, détonnaient par leur impertinence, leur amoralité, voire même une certaine noirceur. Après le succès du Bonheur est dans le pré, le metteur en scène et la scénariste avaient mis un terme à leur collaboration (apparemment d’un commun accord), pour que chacun puisse se lancer dans des projets plus personnels. Depuis, Chatiliez aura mis en scène trois films à la qualité décroissante (le sympathique mais politiquement correct Tanguy ; les peu inspirés La confiance règne et Agathe Cléry), tandis que Florence Quentin n’aura jamais trouvé la voie du succès avec ses propres réalisations. Leurs retrouvailles sur l’Oncle Charles avaient donc de quoi attiser notre curiosité : le duo allait-il retrouver sa verve d’antan et secouer le petit monde de la comédie française comme il avait su le faire par le passé ?
Malheureusement, l’Oncle Charles confirme que le déclin artistique de Chatiliez et de Quentin n’est pas dû à leur "séparation" mais bien à une panne d’inspiration partagée. Le pitch de l’oeuvre est d’ailleurs symptomatique de cet état de fait. Il apparaît comme un mélange des thématiques des premiers films du duo, mixant l’idée des fausses retrouvailles familiales du Bonheur est dans le pré avec le choc des classes sociales de La vie est un long fleuve tranquille (le titre l’Oncle Charles faisant, quant à lui, écho à Tatie Danielle). Ces auto-citations n’auraient pas été gênantes, voire même auraient pu sembler cohérentes par rapport aux oeuvres précédentes des auteurs, si le script final ne s’était pas avéré aussi médiocre. Hélas, dès les premières scènes en Nouvelle-Zélande, les dialogues sonnent terriblement artificiels. Trop informatifs, jalonnés de blagues vulgaires et de gimmicks forcés, ils laissent apparaître de véritables problèmes d’écriture se répercutant directement dans le jeu des comédiens, obligés de redoubler d’hystérie pour arracher quelques sourires aux spectateurs. Si Valérie Bonneton et Alexandra Lamy s’en sortent plutôt bien, il n’en est pas de même pour Eddy Mitchell, peu crédible dans le rôle titre de l’oncle bougon et pleurnichard. Les autres membres du casting font ce qu’ils peuvent pour tenter de donner un minimum de vraisemblance à des personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres, tandis que Chatiliez filme toute cette agitation avec une platitude rare.
Au delà de ces problèmes de dialogues, le déroulement de l’intrigue, laborieux au possible, ne permet pas d’exploiter pleinement le potentiel comique de l’idée de départ. A la lecture du sujet, on s’attend à ce que la situation dérape sévèrement lorsque l’oncle de Nouvelle-Zélande s’invite chez sa "famille" française. Ce moment ne survient pourtant que vers le milieu du film, après de longues scènes d’exposition qu’il aurait été préférable de condenser de manière à entrer dans le vif du sujet. Quand arrive enfin la scène tant attendue, ce n’est hélas qu’un pétard mouillé, le scénario désamorçant par la suite tout quiproquo potentiel en présentant le personnage d’Eddy Mitchell comme un bon bougre ne se méfiant de rien. La résolution des enjeux en fin de métrage témoigne du même renoncement, les problèmes de chacun étant balayés au cours d’une conversation de quelques minutes entre Eddy Mitchell et Alexandra Lamy, avant de s’achever sur un happy-end totalement hors-sujet.
L’Oncle Charles est donc une comédie poussive, mal écrite, surjouée et platement mise en scène, à mille lieux de la réjouissante méchanceté de La vie est un long fleuve tranquille et de Tatie Danielle, ou de l’humanisme cynique du Bonheur est dans le pré. On espère que cette nouvelle déconvenue permettra à Etienne Chatiliez et Florence Quentin de prendre du recul sur leur travail récent pour qu’ils nous offrent enfin une comédie à la hauteur de leur talent.


Le blu-ray

Une édition minimaliste pour un film laborieux !

Les suppléments :
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Est-ce à cause du flop monumental du film en salle ? En tout cas, L’oncle Charles se caractérise par une absence quasi totale de bonus, à l’exception d’un commentaire audio inintéressant par le réalisateur qui commente vaguement son film entre deux longs silences. Etienne Chatiliez n’a visiblement pas grand chose à dire sur son film, se contentant de faire de la paraphrase...

L’image :

La copie est lumineuse, forte d’un contraste appuyé. Elle relancerait presque l’intérêt autour de ce film télévisuel d’un autre temps...

Le son :

Comédie oblige, l’intérêt du son passe par la puissance des dialogues, retranscrits sans retenue par un DTS HD master audio de qualité, en 5.1 SVP. Le film n’en demandait pas tant.

Julien Lattes




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