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L’oncle de Brooklyn - la critique

Avant Toto qui vécut deux fois

- Durée : 1h38mn
- Titre original : Lo zio di Brooklyn
- Année de production : 1995

Le premier film du duo barge à l’origine de Toto qui vécut deux fois. Du cinéma fou et en-dehors des normes qui séduit par la liberté absolue de son geste artistique.

L’argument : Dans un Palerme fantastiquement vide et délabré, deux mafiosi nains demandent à quatre frères escrocs de s’occuper de leur oncle de Brooklyn, un vieux parrain muet.

Notre avis : Tous ceux qui ont découvert lors de sa sortie française en 2009 Toto qui vécut deux fois pourtant réalisé en 1998 s’en souviennent forcément. Ce long-métrage qui a déclenché un véritable scandale en Italie à cause de sa critique virulente de la religion ne pouvait laisser le spectateur indifférent. Toutefois, trois ans avant ce coup de maître, les deux réalisateurs Daniele Cipri et Franco Maresco avaient déjà dégoupillé un tout premier film intitulé L’oncle de Brooklyn (1995). Œuvre séminale, ce premier méfait des deux compères établit déjà toutes les règles de l’univers visuel et thématique des auteurs. A l’aide d’une superbe photographie en noir et blanc et d’une caméra fixe, les deux trublions nous convient à pénétrer dans un monde post-apocalyptique où les êtres humains évoluent au milieu de ruines, tandis que les femmes ont totalement disparu (en réalité, elles sont toutes interprétées par des hommes déguisés). Au milieu d’un paysage rural marqué par l’autarcie et la consanguinité, l’humanité semble avoir été mise au rebus par un Créateur inexistant.
Obsédés par leurs fonctions corporelles (on baise des ânes, on bouffe, on rôte et on chie beaucoup dans ce film), les personnages sont des ombres fugitives qui n’ont pas de personnalité propre (ou du moins celle-ci se limite à des tics). Sorte de Grande bouffe sous acide qui évoque parfois le cinéma outrancier de Ferreri ou encore de Fellini, L’oncle de Brooklyn n’a que faire de raconter une histoire cohérente. Le long-métrage se déguste davantage par saynètes s’enchaînant de manière totalement absurde. Le résultat final ne ressemble tout bonnement à rien de connu et risque d’ailleurs de désarçonner un public apôtre du bon goût et des convenances. Ici, les auteurs se moquent face caméra des spectateurs qui quittent la salle et traitent même leur producteur d’idiot dans un grand bain anarchiste du meilleur effet.
Barge, irrévérencieux, très drôle et parfois volontairement exaspérant, L’oncle de Brooklyn témoigne d’un plaisir immédiat, celui de fabriquer un cinéma en toute liberté, loin des sentiers battus. Les auteurs ont payé cher cette indépendance d’esprit puisque leur œuvre a du mal à s’exporter. Toutefois, les amateurs de curiosité s’empresseront de découvrir ce film hors norme, même si on peut lui préférer Toto qui vécut deux fois, plus abouti.

Le film a été présenté en avant-première française dans le cadre de l’Etrange Festival

Virgile Dumez

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