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Durée : 1h31mn
Titre original : The dead pool
Année de production : 1988
Ce dernier film de la saga de l’inspecteur Harry déçoit par son cruel manque d’ambition, sa réalisation au point mort et son script qui dénature totalement le personnage emblématique des années 70.
L’argument : Alors que l’inspecteur Harry Callahan est devenu la coqueluche des médias qui l’avaient tant dédaigné quelques années auparavant, il continue sa route d’homme d’ordre accompagné de son fidèle Smith & Wesson. C’est alors qu’une série de meurtres a lieu dans l’entourage d’un réalisateur de films d’horreur, et qu’une mystérieuse liste noire circule, où sont inscrits les noms des prochaines victimes. Celui de l’inspecteur est le dernier de la liste...
Notre avis : A la fin des années 80, Clint Eastwood est peu à peu en train de se construire une belle carrière de réalisateur, prouvant qu’il n’est pas que l’interprète mutique de westerns spaghetti ou encore de thrillers urbains à tendance réactionnaire. Il vient notamment de signer quelques œuvres sensibles et ambitieuses telles que Honkytonk man (1982), Pale rider (1985) ou encore Bird (1988) lorsqu’il accepte d’endosser pour un ultime épisode le costume de l’inspecteur Harry. Contrairement au précédent opus (le très bon Sudden impact), Eastwood ne s’acquitte pas de la mise en scène et préfère déléguer ce rôle à son vieux complice Buddy Van Horn avec qui il a déjà tourné la comédie simiesque Ca va cogner (1980). Ce désintérêt évident de la star pour ce cinquième volet des aventures de l’inspecteur Harry nous prouve que le film a été conçu uniquement à des fins contractuelles (la Warner accepte de financer un projet plus difficile à condition que la star s’engage à livrer un film plus commercial en retour). Ici, personne ne semble y croire vraiment et le long-métrage souffre de manière patente d’un cruel manque d’ambition de la part de toute l’équipe artistique.
Le scénario, tout d’abord, semble être resté à l’état de synopsis et ouvre un certain nombre de pistes qu’il n’explore jamais. Si les auteurs ont clairement voulu critiquer les médias et leur exploitation de la violence, le scénario ne propose pas de réelle réflexion de fond sur un thème pourtant porteur de sens. On se demande même si les multiples éléments qui visent à lisser la figure très réactionnaire du personnage principal ne sont pas uniquement là pour s’excuser des débordements des précédents volets. Terriblement mou, l’inspecteur Harry n’est plus que l’ombre de lui-même : il accepte de faire équipe avec un sino-américain et refuse toute exploitation de la violence effectuée par les équipes de journalistes. Loin d’être la figure mythique de l’anarchiste de droite du film originel de Don Siegel, Harry Callahan entre finalement dans le rang, comme pour satisfaire l’appât du gain des producteurs.
Outre cette trahison manifeste vis-à-vis du personnage, La dernière cible souffre d’une réalisation terriblement impersonnelle digne d’un téléfilm. Entre une musique synthétique abominable, des gros plans d’une laideur à faire peur et d’affreux ralentis, le long-métrage de Buddy Van Horn est formellement indigne du grand écran. Quant aux séquences d’action, elles permettent tout juste de tenir le spectateur éveillé, même si elles tombent souvent dans le ridicule (la poursuite entre la voiture de l’inspecteur et un modèle réduit télécommandé fait sourire par son côté volontairement bis). Seul motif de satisfaction, les acteurs font ce qu’ils peuvent pour nous tirer de notre torpeur : Liam Neeson incarne avec talent un cinéaste imbu de sa personne, Jim Carrey s’impose dans un rôle très court d’une star de hard-rock défoncée, tandis que l’ami Clint fronce les sourcils avec toujours autant de charisme et d’autorité. Rien que pour eux, La dernière cible vaut un coup d’œil rapide. Mais alors très rapide...
Notes :
Ce cinquième volet des aventures de l’inspecteur Harry a glané 37 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, alors que l’épisode précédent avait su attirer 67 millions de billets verts dans sa besace en 1984. De quoi mettre fin à une série jusqu’ici très lucrative.
En France, La dernière cible a terminé sa carrière à 623 119 entrées grâce à une bonne première semaine. Le film, qui a déçu le public, s’est ensuite rapidement écroulé. Notons que Sudden impact avait su attirer 937 881 spectateurs en 1984.
