Réalisation : Stephan Rick
Interprétation : Charly Hübner, Maxim Mehmet, Petra Schmidt-Schaller.
Reposant avant tout sur l’interprétation de Charly Hübner, ce thriller psychologique qui garde un petit côté film d’école est une jolie réussite du genre.
L’argument : Venu de Berlin, David, journaliste, s’installe dans une petite ville. Le jeune homme se lie d’amitié avec son voisin, le plus costaud Robert, bien que les deux hommes n’aient que leur solitude en commun. Cette bonne entente, faite d’excellents dîners et de parties de pêche à la ligne, est soudain compromise par un accident affreux. Il est causé par David, mais couvert par les mensonges du dévoué Robert auprès de la police. Celui-ci espère, d’abord tacitement, puis de plus en plus ouvertement, que ce pacte va le lier à jamais à son voisin. De son côté, David, qui ne parvient pas à se départir d’un sentiment de culpabilité, commence à fréquenter d’autres personnes à qui il pourrait tout révéler. Blessé et inquiet, Robert devient de plus en plus autoritaire.
Notre avis : Présenté aux Festivals de Shanghai et de Montréal puis à Paris dans le cadre de l’édition 2011 du Festival du cinéma allemand, ce premier long-métrage d’un cinéaste né en 1974 et auteur de plusieurs courts remarqués joue la carte du thriller psychologique en décrivant une relation de voisinage qui se transforme en engrenage fatal.
Le sujet a certes un petit air de déjà vu mais il offre matière à d’innombrables variations et son potentiel dramatique est sans doute inépuisable. Le film de Stephan Rick se présente clairement comme un exercice de style et ne prétends pas dérouter le spectateur, lui ménageant simplement le lot de surprises et de montées d’adrénaline qu’il attend.
Secondé par des techniciens au savoir faire incontestable mais un peu trop ostentatoire (en particulier le travail sur le son exagérément surligné) le cinéaste fait montre d’une attention maniaque et tout à fait réjouissante au moindre détail et sait installer une atmosphère parfaitement anxiogène. On notera en particulier une remarquable utilisation des décors : la villa de style années 70 avec ses inévitables baies vitrées, l’entrepôt transformé en bar branché, le petit lac perdu dans la montagne.

On pourra certes pinailler sur l’aspect quelque peu m’as-tu vu ? de l’ensemble et sur certaines maladresses ou invraisemblances mais on peut considérer que cela fait partie des règles du jeu.
La réussite de l’entreprise repose avant tout sur l’interprétation de Charly Hübner dans le rôle du voisin trop attentionné. Sa carrure imposante et sa voix trop posée laissent deviner d’emblée le dangereux psychopathe caché sous une apparence bonhomme, mais sa désarmante bouille de grand enfant collectionnant les soldats de plomb lui garantit jusqu’au bout un capital de sympathie qui le rend d’autant plus inquiétant.
Son partenaire Maxim Mehmet est moins convaincant et son jeu trahit l’acteur de théâtre qui a consciencieusement travaillé son rôle. Ce côté appliqué contribue d’ailleurs paradoxalement à rendre touchant son personnage dépassé par ce qui lui arrive.
On peut en tous cas prendre un réel plaisir à la vision de Unter Nachbarn mais les prochains films de Stephan Rick montreront s’il sait dépasser le statut de petit maître doué et tenir les promesses contenues dans ce premier essai tout à fait concluant. En attendant on réfléchira à deux fois avant d’aller emprunter un tournevis à son gentil voisin.