Durée : 1h40mn
Sortie : 26 janvier 1983
Attaque en règle contre la télévision-poubelle et ses dérives, Le prix du danger se révèle une oeuvre prophétique d’une imparable efficacité. Excessif et jouissif.
L’argument : Dans une société futuriste, "le prix du danger" est le nouveau jeu d’une chaine de télévision. Un homme doit rejoindre un endroit secret en évitant cinq hommes venus pour le tuer. S’il réussit, il empoche beaucoup d’argent, mais François Jacquemard, nouveau participant, réalise très vite que le jeu est truqué...
Notre avis : 1983. Le réalisateur Yves Boisset sort son nouveau brûlot politique sur les dérives de la télévision moderne et déclenche comme à son habitude une formidable polémique : descendu par la presse de gauche comme de droite, Le prix du danger, avec son discours aggressif et brut de décoffrage, est accueilli par des flots de haine. Considéré comme un navet par l’intelligentsia de l’époque, le film cumule toutefois plus d’un million d’entrées sur toute la France. Vingt-cinq ans après, force est d’admettre que cette oeuvre a gagné en crédibilité là où les critiques dénonçaient invariablement son argument fantaisiste. A l’heure où la télé-réalité contamine le petit écran, cette histoire de jeu mettant en scène l’exécution des candidats résonne en nous de manière prophétique. Boisset y dénonce au passage la manipulation des masses par les médias, véritables puissances financières au service d’un pouvoir autoritaire. Stigmatisant toutes les dérives d’un capitalisme exacerbé, le cinéaste se révèle particulièrement clairvoyant quant à l’avenir de notre société où l’individu n’est plus rien face au Dieu argent.
Détonnant dans un cinéma français habituellement peu enclin à s’aventurer sur les terres de l’anticipation - à l’exception notable des oeuvres d’Alain Jessua ou de Christian de Chalonge -, Le prix du danger est un habile hommage aux séries B américaines : la réalisation carrée de Boisset met en évidence des décors à la fois futuristes et crédibles, tout en ménageant d’excellentes séquences d’action. Parfois très violente, cette virulente dénonciation d’une société consumériste et matérialiste n’a d’autre ambition que de provoquer le malaise. Ainsi, les amateurs de fines métaphores et de légèreté passeront leur chemin : chez Boisset, la moindre idée est martelée consciencieusement de façon à ce qu’aucune ambiguïté ne puisse s’insinuer dans le discours. Son cinéma couillu a toutefois le mérite de foncer dans le tas sans la moindre arrière-pensée.
Excessive l’interprétation de Michel Piccoli en présentateur télé démago ? Certes, mais tellement jubilatoire ! Prévisible la chute finale du héros ? D’accord, mais un système totalitaire ne l’emporte-t’il pas toujours sur l’individu ? Accusé à juste titre d’en faire des tonnes, Yves Boisset a pourtant réussi un sacré tour de force en ce début des années 80 : signer un des meilleurs films fantastique français de l’époque - et ils sont peu nombreux - se bonifiant même avec le temps.