Durée : 1h55mn
Année de production : 2007
Cette incursion dans le Paris moderne bénéficie d’une réelle force de sympathie malgré son caractère élitiste et inabouti.
L’argument : Un enfant et sa baby-sitter partagent le même univers enfantin puisqu’ils sont persuadés qu’ils sont suivis par un ballon rouge.
Notre avis : Initié par le musée d’Orsay, Le voyage du ballon rouge devait tout d’abord n’être qu’un court-métrage d’une demi-heure avant que le cinéaste taïwanais Hou Hsiao-hsien (HHH) ne décide de prolonger l’aventure sous forme de long. Marqué par la technique des Impressionnistes qu’il découvre lors d’une visite à Orsay, HHH tente ici d’appliquer leur technique révolutionnaire dans le domaine cinématographique. Ainsi, l’auteur s’affranchit de toute progression narrative et brosse par petites touches le portrait d’une ville (Paris), mais également de la vie d’artiste (à travers les personnages de Juliette Binoche et de la baby-sitter chinoise).
D’une grande précision dans la description du quotidien banal de gens de peu, HHH propose toutefois un élément d’évasion à travers la figure entêtante du ballon rouge, à la fois métaphore d’un passé disparu et référence directe au merveilleux film de Lamorisse Le ballon rouge (1956). La multiplication des jeux de miroir et des reflets indiquent également la volonté du cinéaste de réfléchir sur la notion même de réalisme cinématographique. Toute image filmée n’est finalement que le reflet d’un point de vue extérieur, ce qui renvoie à la condition même du réalisateur (un étranger qui découvre Paris et la filme avec émerveillement). Visiblement très influencé par la Nouvelle Vague, ce métrage nous renvoie systématiquement aux travaux de Rohmer ou encore de Rivette. Grâce à une photographie très travaillée, un jeu sur la couleur rouge incessant et des cadrages soignés, Le voyage du ballon rouge est un bel objet cinématographique qui s’inscrit parfaitement dans le reste de l’œuvre de son créateur (voir la référence aux marionnettes, récurrente obsession de HHH). Pourtant, si l’on apprécie de cotoyer les personnages principaux du film pendant une heure cinquante, le manque de structure du scénario et son aspect expérimental lui donnent parfois un côté vain. Hormis la beauté esthétique des plans, que nous reste-t’il vraiment de cette incursion métaphorique dans le Paris moderne si ce n’est l’étrange sensation d’avoir assisté à la conception d’un brouillon, certes charmant, mais pas totalement abouti.
Par Norman06
Injustement sous-médiatisé au festival de Cannes 2007, ce dernier film de Hou Hsio-hsien montre que la langue française et Paris lui conviennent admirablement. Un petit bijou d’émotion discrète et de poésie. A voir avant ou après de découvrir le court métrage d’animation de Lamorisse.