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Les folles inventions de M. Bricolo - la critique

Vive les chats-teignes !

Les génies du burlesque comptent désormais un nouveau membre éminent : Charley Bowers sort aujourd’hui de l’oubli et s’impose immédiatement comme un grand artiste à l’humour surréaliste exaltant. A voir impérativement.

L’argument : Bricolo, génial inventeur loufoque, nous entraîne dans des aventures rocambolesques ! Ses nouvelles trouvailles ? Un révolutionnaire procédé de greffe pour se débarrasser des souris, la peau de banane antidérapante, des chaussures automatiques pour danser le Charleston… Le tout compilé dans une sélection de courts-métrages qui raviront petits et grands !


Notre avis : Oublié pendant des décennies, éclipsé par l’aura de Charlie Chaplin, Buster Keaton ou encore Harold Lloyd, Charley Bowers est un talentueux auteur de courts-métrages burlesques qui ont connu une grande renommée durant les années 20 et qui ont même été célébrés par André Breton, le chef de file du surréalisme. Venu de l’animation, Bowers n’était absolument pas un comédien avant de se lancer à partir de 1924 dans la confection de petits bandes comiques mettant en scène le personnage d’inventeur fou nommé Bricolo. Si l’homme n’est effectivement pas un grand comédien (il s’agite devant la caméra tout en gardant un visage impassible), il a l’idée géniale de mettre ses talents d’animateur au service d’histoires complètement décalées. Il mélange ainsi constamment prises de vues réelles et effets spéciaux saisissants pour déclencher le rire par l’absurde.

Véritable petit bijou surréaliste, le premier segment intitulé Non, tu exagères ! (1926) est sans aucun doute son chef d’œuvre. L’auteur enchaîne ici les idées les plus folles en une petite vingtaine de minutes désopilantes. On y croise des éléphants qui entrent au Capitole, des chats méchants appelés chats-teignes et d’autres qui poursuivent des souris malicieuses (des chats-sœurs). Bricolo crée également un arbre à œuf, avant de faire pousser des chats sur un arbuste. Le tout agrémenté de trucages rudimentaires, mais très efficaces. Ce délire complet est un véritable bonheur sur pellicule.
Deuxième segment de ce programme, Bricolo inventeur (1927) est sans nul doute le plus faible des trois, même si la qualité est une fois de plus au rendez-vous. On retrouve ici des gags visuels irrésistibles comme celui de la baignoire gelée ou des idées saugrenues comme celle de créer une peau de banane antidérapante. Toutefois, ce court-métrage, bien que très drôle, manque parfois d’unité dans sa progression narrative et souffre de quelques petites longueurs.

Pas de quoi s’alarmer puisque le troisième court intitulé Le roi du Charleston (1926) mettra à nouveau tout le monde d’accord par l’excellence de ses trouvailles. Une fois de plus, Charley Bowers nous invite à le rejoindre dans un univers de doux rêveur où pointe toutefois une critique assez acerbe des ligues de bienséance américaines. Se moquant allègrement des bigots et autres moralisateurs, Charley Bowers signe un court-métrage audacieux qui prend la défense de tous les êtres hors normes, généralement stigmatisés par la bonne société.
Les cinéphiles les plus pointus, mais aussi les amoureux du burlesque et leurs enfants sont donc invités à venir découvrir cet artiste formidable dans ce programme en tout point remarquable.

Virgile Dumez

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