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Les guerriers de la nuit - la critique

L’Anabase pour les nuls

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- Année de production : 1979

Disposant d’une réalisation coup de poing placée sous le signe de l’esthétisation de la violence, Les guerriers de la nuit est une œuvre inclassable qui pâtit d’un scénario trop superficiel.

L’argument : A New York, où une centaine de gangs se partagent les rues, les combats font rage. La bande la plus puissante, les Gramercy Riffs dirigés par Cyrus, désirent unifier les forces et convoquent tous les gangs à un rassemblement pacifique. Mais la réunion dérape et finit dans le sang : Cyrus est assassiné. Ce meurtre, attribué par erreur aux Warriors, déclenche sur eux la vengeance de tous les autres. La lutte pour la survie commence, le long du trajet de 40 kilomètres qui les relie à leur quartier général...

Notre avis : Officiellement adapté du roman éponyme de Sol Yurick, Les guerriers de la nuit (1979) est en fait le résultat de plusieurs réécritures et de la volonté des scénaristes de suivre l’intrigue de L’Anabase, célèbre ouvrage grec de Xénophon datant du IVème siècle avant J.C. Ainsi, le scénario reprend l’idée centrale au cœur du texte antique et même certains noms de personnages. Le chef qui tente au début de fédérer les gangs se nomme Cyrus en référence au roi perse Cyrus le Jeune, les Warriors représentent les mercenaires grecs qui tentent de rejoindre leur foyer, tandis que leur progression en territoire ennemi correspond au voyage de ces mercenaires qui parviennent finalement à atteindre la mer (ici la plage de Coney Island). Passée l’incongruité de la transposition d’un texte historique dans un contexte purement contemporain, le spectateur pourra toujours s’amuser à traquer les points communs et les divergences entre le texte d’origine et cette version moderne.
Sans doute conscient de la minceur de son propos, le cinéaste Walter Hill a opté pour une réalisation virtuose qui dynamise toutes les scènes. L’utilisation de transitions sous forme de comics donne un cachet pulp à l’ensemble, tandis que les éclairages savants d’Andrew Laszlo offrent une texture irréaliste qui évoque la photographie colorée du Creepshow de George Romero. Si l’on ajoute à cela une musique synthétique percutante de Barry De Vorzon, fidèle collaborateur de Walter Hill sur ses premiers longs, Les guerriers de la nuit s’offre comme un trip esthétisant qui annonce davantage les délires esthétiques des années 80 que le cinéma plus réaliste des années 70. Même l’aspect kitsch des costumes passe plutôt bien l’épreuve du temps grâce à un certain goût dans l’agencement des couleurs et des textures. Rien à voir donc avec tous les ersatz qui ont été ensuite tournés en Italie où l’absence totale de cohérence esthétique a donné lieu à des débordements kitsch ridicules.
Malgré le culte qui entoure encore ce film de nos jours, on peut toutefois estimer qu’il manque d’une certaine profondeur thématique pour passionner de bout en bout. Certes, le cinéaste explore ici la notion de territoire (au cœur de la mythologie américaine), ainsi que celui d’une société déliquescente gangrénée par un cadre urbain dégradé (celui du New York de l’époque), mais il n’approfondit aucune de ces thématiques et préfère signer un pur film d’action sans réelle portée sociale ou politique. Sans doute inspiré par le Orange mécanique de Stanley Kubrick, Walter Hill rend même la violence esthétique, sans que le moindre second degré soit perceptible. Les guerriers de la nuit ne propose donc aucun vrai point de vue sur son sujet et fait peu de cas de la psychologie des personnages, qui sont la plupart du temps réduits à une enveloppe charnelle dépourvue de raison D’une violence plus séduisante que choquante, le film ne pouvait que déclencher une vague de protestations lors de sa houleuse sortie américaine, qui s’est soldée par une disparition rapide du film du circuit d’exploitation.
En France, il a fallu attendre l’été 1980 pour que le film sorte en salles. Mais la commission de censure, inquiète des échos venus des Etats-Unis, a décidé de lui attribuer un X infamant qu’elle lui retira après une coupe de dix minutes. Malgré ce charcutage, le long-métrage a trouvé son public avec 779 493 petites frappes qui se sont rendus dans les salles obscures dans tout l’hexagone. De quoi en faire une œuvre culte pour toute une génération [1]

Virgile Dumez

[1] Le film de Walter Hill est tellement culte qu’il a même fait l’objet d’une adaptation tardive (2005) en jeu vidéo sous la forme d’un Beat them all.