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Les guerriers du Bronx - la critique

Durs à cuir

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Nanar pur jus par son esthétique de Prisunic et ses acteurs à face d’endives, Les guerriers du Bronx est toutefois teinté d’un discours social assez pertinent qui relève le niveau d’un spectacle résolument bis.

L’argument : Le Bronx des années 1990 est devenue une zone interdite, refuge des criminels et des marginaux. Ann une jeune fille de la bourgeoisie de Manhattan s’y réfugie. Trash et ses Riders la prennent sous leur protection.

Notre avis : Les recettes imposantes dégagées par Les guerriers de la nuit (Walter Hill, 1979), Mad Max (George Miller, 1979) et New York 1997 (John Carpenter, 1981) ne pouvaient pas laisser les producteurs italiens de marbre. Dès le début de la vague post-nuke, ils ont ainsi multiplié les contrefaçons, montées en dépit du bon sens avec des budgets dérisoires et tournées à la va-vite par des artisans plus ou moins inspirés. Parmi ces vieux routiers du bis rital, Enzo G. Castellari s’est taillé auprès des cinéphiles une jolie réputation grâce à des films bien charpentés (Le témoin à abattre, polar de 1973 ou encore Keoma, excellent western crépusculaire de 1976). Malheureusement, les années 80 sont synonymes pour lui de régression sur le plan artistique. Après avoir commis un infâme plagiat des Dents de la mer intitulé La mort au large (1981), il se retrouve aux Etats-Unis pour mettre en boîte ces Guerriers du Bronx (1982) qui cherche péniblement à retrouver le charme du film fondateur de Walter Hill cité plus haut.
Malgré quelques bonnes idées, le long-métrage se range très rapidement dans la catégorie nanar par l’accumulation de décisions malheureuses. Tout d’abord, le choix de l’acteur principal relève de la pure faute de goût. Effectivement, le jeune (17 ans au moment du tournage) Mark Gregory n’a aucunement la carrure pour incarner l’implacable barbare décrit dans le film. Sa jeunesse extrême, son visage poupon et surtout son manque total d’expressions faciales font de chacune de ses apparitions un contre-exemple parfait pour apprentis comédiens. Il est épaulé ici par un cortège de gueules qui sont autant d’habitués des productions transalpines fauchées. Parmi eux, les fans de blaxploitation reconnaitront Fred Williamson en roue libre, mais aussi George Eastman (le célèbre Anthropophagus), Vic Morrow dans son avant-dernier film (il est mort sur le tournage de La quatrième dimension) ou encore Christopher Connely (Manhattan baby de Lucio Fulci).
La deuxième bévue est à mettre sur le compte de la direction artistique, et notamment du costumier Massimo Lentini qui semble avoir vidé tous les placards de son atelier pour fournir les vêtements dépareillés des figurants. Véritable bric à brac qui ferait passer les foires à tout provinciales pour des défilés de mode parisiens, Les guerriers du Bronx arbore un look kitsch très Village People qui colle d’ailleurs avec un certain nombre de détails très gay friendly. Dire que le résultat final tient du grand n’importe quoi serait pléonastique. Enfin que dire de la musique si ce n’est qu’elle s’inscrit pleinement dans une époque où l’utilisation des synthétiseurs semblait permettre tous les excès, y compris l’insertion de petits bruitages ridicules dans des séquences de baston.
Toutefois, le bisseux un rien pervers qui sommeille en nous ne peut se résoudre à terminer cette chronique sans vanter les quelques qualités (si, si !) du machin. Généreux quand il s’agit de filmer des séquences d’action, Castellari signe un long-métrage qui se suit sans déplaisir et qui affiche même une bonne tenue lors d’un dernier quart d’heure plus intéressant que prévu. Alors que le scénario était jusque-là très linéaire et purement narratif, la fin du film opère un renversement des valeurs pour le moins revigorant. Les policiers deviennent dès lors plus barbares que les criminels qu’ils pourchassent, incarnant ainsi le fascisme rampant de certaines élites sociales et la toute-puissance des firmes multinationales. On n’ira pas jusqu’à dire que l’œuvre de Castellari était visionnaire, mais elle témoigne tout de même d’un réel point de vue social qui étonne dans le genre. De quoi faire de ce nanar pur jus un spectacle assez jouissif pour tous ceux qui oseront le fréquenter d’un bout à l’autre.

Virgile Dumez


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