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Les seigneurs de la guerre - La critique

L’ivresse du pouvoir

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- Durée : 1h50mn
- Titre original : Tau ming chong

Cette œuvre dotée d’un casting royal, relevant de la grande tradition des épopées guerrières chinoises, est malheureusement desservie par une réalisation sans génie.

L’argument : Un militaire, un homme d’honneur, un idéaliste. Trois hommes que le hasard réunit se jurent fidélité et allégeance. Désormais, ils seront frères de sang, à la tête d’une armée de bandits dont ils feront leurs soldats. Ensemble, ces seigneurs de la guerre combattront pour obtenir le pouvoir. Une fois la victoire accomplie, le plus dur les attend : honorer le serment qui les unit.

Notre avis : Le Hongkongais Peter Ho-sun Chan - Perhaps Love - est un réalisateur et producteur international qui a œuvré aussi bien dans son pays qu’aux Etats-Unis - suite à la rétrocession de 1997 -, tout en accumulant les coproductions asiatiques tels que Three:trois histoires de l’au-delà et sa suite Trois extrêmes. Ce passionné nous livre ici une œuvre dans la pure tradition chinoise des épopées historiques guerrières. Avec sa pléiade de stars - le désespérément inexpressif Jet Li, le remarquable Andy Lau et le charmeur Takeshi Kaneshiro -, et sa débauche de décors grandioses et d’action, Chan a clairement décidé d’en mettre plein la vue. Pari commercialement réussi, ce film étant le plus grand succès de tous les temps en Asie.

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© ARP Sélection

Les seigneurs de la guerre provoque pourtant une impression mitigée : sa mise en scène banale et parfois maladroite, qui semble influencée par l’œuvre de grands cinéastes chinois tels que Chang Cheh, Tsui Hark - notamment son grandiose The blade et ses plongés rageuses dans les combats caméra à l’épaule - ou encore Wong Kar-wai - dans l’utilisation des filtres, des caméras subjectives sensorielles et des ralentis -, relève en réalité des mauvaises productions hollywoodiennes qui abusent d’un montage ultra-découpé et des plans serrés télévisuels - l’un des maux du cinéma d’action moderne qui touche malheureusement l’esthétique Hongkongaise. Les scènes de combat qui devaient être les points d’orgue du métrage manquent alors terriblement d’ampleur et de lisibilité.

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© ARP Sélection

Si cette forme est en partie occidentale, le contenu est très chinois avec un récit d’amitié virile, de fidélité et de trahison récurrent dans la cinématographie locale. Malgré le peu d’originalité de cette thématique, ce blockbuster asiatique arrive à intéresser car il ne s’inscrit pas dans l’apologie de la Chine toute puissante, à la manière des œuvres de Zhang Yimou - Hero par exemple. Chan préfère montrer que l’acquisition du pouvoir peut rendre fou et détruire le groupe plutôt que l’unifier. Er-Hu et Jian Wu-Yang (interprétés par Lau et Kaneshiro), deux bandits, pensent que rejoindre l’armée - et ainsi quitter la marge - va leur donner richesse et respect. Cette expérience ne va leur apporter que désillusion et malheur, tandis que le général Pang (incarné par Jet Li) les conduit à leur perte. Le discours est intéressant mais s’englue dans une histoire un brin mysogine : encore une fois, la femme participe au désordre.
Au final, Les seigneurs de la guerre relève davantage des productions clinquantes du cinéma d’action de Hongkong que de ses grandes œuvres poétiques et inventives.

Stéphane Caillet


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