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Luke la main froide - la critique

Le roi de l’évasion

Totalement vampirisé par l’interprétation dantesque de Paul Newman, ce brillant film de prison s’inscrit de plain-pied dans la contestation du système judiciaire américain des années 60. Imparable.

L’argument : Pour s’être livré à des actes de vandalisme, Luke Jackson purge une peine de deux ans de prison dans un camp de travail. Il s’y lie d’amitié avec un autre détenu, Dragline, et devient bientôt le prisonnier le plus populaire grâce à son flegme et sa joie de vivre communicative.


Notre avis : Venu de la télévision comme bon nombre de ses confrères des années 60, le cinéaste Stuart Rosenberg désire porter à l’écran le roman Luke la main froide, best-seller de Donn Pearce qui évoquait ses difficiles conditions de détention dans un pénitencier rural. Convaincu du potentiel d’un tel sujet, Rosenberg parvient à convaincre le studio Warner de le produire. Aidé par le scénariste Frank D. Pierson qui recompose l’intégralité de l’intrigue et invente de nouveaux dialogues, ainsi que de nouvelles situations, le réalisateur arrive à intéresser la star Paul Newman qui souhaite alors jouer un rôle aux antipodes de ce qu’il a fait jusqu’alors. Au sommet de sa carrière et de sa popularité, le comédien enchaîne les succès depuis la fin des années 50 et n’attend finalement qu’un rôle qui en ferait définitivement une icône du cinéma. Il se prépare donc avec beaucoup de soin sur le plan physique tout en respectant la méthode de l’Actor’s Studio en se plongeant corps et âme dans les tourments de ce jeune homme en rupture avec la société.

Symptomatique de l’état d’esprit de la société américaine des années 60, perdue entre un conservatisme qui ne sait pas répondre aux contestations du système et des jeunes qui souhaitent bouleverser l’ordre établi, Luke la main froide n’est pourtant pas un film porte étendard. Il s’inscrit toutefois parfaitement dans une mouvance qui conteste sans le proclamer le conservatisme du modèle américain. Sorti la même année que Bonnie and Clyde d’Arthur Penn et Le lauréat de Mike Nichols, le film de Rosenberg renverse le schéma classique du film de prison en faisant des condamnés les véritables détenteurs de la justice, tandis que les gardiens ne sont que les exécuteurs froids d’un système judiciaire ne frappant que les plus démunis. Toutefois, loin de marteler son propos social, le long-métrage préfère se placer à hauteur d’homme et conter le parcours exemplaire de quelques prisonniers condamnés aux travaux d’intérêt public.

Grâce à une excellente réalisation – sans doute la meilleure de sa carrière – Stuart Rosenberg parvient à instaurer une formidable tension, faite à la fois de frustration sexuelle et de volonté d’affranchissement, dans toutes ses scènes. Parfois dramatique, l’ensemble n’est pourtant pas dépourvu d’humour (la formidable séquence des œufs) et même d’émotion, notamment dans la relation intime qui se crée entre les hommes de ce dortoir. Véritable icône qui fascine et subjugue tous les hommes qui l’approche, Paul Newman s’offre ici l’un de ses plus beaux rôles. A la fois envoûtant, mystérieux et même bouleversant lors des séquences où il révèle ses fêlures derrière son masque de type cool et détaché, l’acteur dévore la caméra. Il est soutenu par un casting impeccable où l’on croise les trognes d’Harry Dean Stanton et de Dennis Hopper, mais surtout celle de George Kennedy qui a bien mérité son Oscar du meilleur second rôle. Si le film manque de justesse son statut de chef d’œuvre à cause d’une fin légèrement timorée, il n’en demeure pas moins l’un des films marquants de cette deuxième moitié des années 60 et l’un des plus beaux rôles de Paul Newman, pourtant un habitué des compositions magistrales.

Virgile Dumez

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