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Back to the eighties

Madonna, Give me all your lovin’...un clip, une chanson et une critique

Le 03/02/2012

Un single décevant, ça, on le savait déjà, mais le clip, que vaut-il ?

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C’est donc aujourd’hui à 15h que le nouveau clip de Madonna, réalisé par le collectif MegaForce est apparu sur la toile dans le monde entier. Doué du don d"ubiquité, il était également projeté sur un écran géant du parvis de la défense et diffusé sur un millier d’autres points vidéo en France... Ce clip ? Le fameux Give me all your luvin’, chanson de commande pour le SuperBowl qui devrait permettre à l’artiste de faire un come back américain devant plusieurs centaines de millions de téléspectateurs...
Autant le dire tout de suite, on n’est pas fan du titre, très girlie, avec une musique sans inventivité, une production de Martin Solveig fragile. C’est court (à peine 3’22), inaudible dans une version instrumentale, juste "catchy" pour les radios, mais tellement banal. La démo qui était apparue sur le net il y a trois mois révélait l’essentiel, quelques choeurs de starlettes à la mode (M.I.A et Nicki Minj) en moins... Alors que l’on connaît tous cette chanson par coeur, pensez-vous que la prod’ de l’artiste aurait pu bouleverser la construction du titre, le développer, lui offrir des atours de hits incontournables et lui faire atteindre des sommets de créativité pour nous sortir de l’ennui le jour où il est officiellement révélé ? Que nenni. C’est le même titre fade, à peine correct pour une inconnue et totalement décevant pour une star comme Madonna, que l’on retrouve. Bref, on s’emmerde.
L’artiste avait toujours soigné ses premiers singles, qui confinaient au chef d’oeuvre incontournable. Citons Like a virgin, Live to tell, Like a prayer, Vogue, Erotica, Secret, Frozen, Music, et Hung Up. Des tubes imparables qui savaient concilier l’esprit de création, l’originalité hors des canons musicaux de leur époque. Madonna imposait alors son son, avec celui de producteurs différents mais toujours inspirés par la générosité de la collaboration. Give all your luvin’ ne sera pas un incontournable universel. Juste un produit poubelle pour faire bouger l’Amérique le temps d’une chorégraphie avec majorettes et le Cirque du Soleil.
Passons au clip. Madonna ne croit plus au support visuel qu’il représente depuis longtemps. Jadis pourvoyeuse de vidéos grandioses (Oh father, express yourself, Like a prayer, Bedtime story...), elle a précipité le déclin du vidéo-clip tout au long des années 2000 avec quelques flops irregardables (Love profusion, Hollywood, Give it to me, Jump...) ; elle osait même sortir des singles sans aucune vidéo (Nothing fails, Miles Away, Revolver). Tant qu’à faire ! Pour une reine du marketing, c’était surtout la régression vers l’ennui, une attitude qui soulignait le désintérêt de l’artiste vraiment embourgeoisée (il n’y a qu’à voir toutes ses apparitions télé récentes, pas très rock, la madone), en conflit perpétuel avec sa maison de disques, Warner qui n’a plus jamais cherché à exploiter le catalogue incroyable de l’artiste, et surtout authentiquement fidèle à ses enfants (pas un mal en soi) ou à la Kabbale et à l’étude de ses textes (là, on a un peu plus de mal).
Pourtant depuis quelques années une nouvelle ère dans le clip vidéo s’est levée. Sans elle : les images de Celebration, son inédit, était déjà assez amateur, malgré la réalisation d’Akerlund. Alors que l’on croyait les maisons de disques au bord de la faillite et sans aucun sou pour investir dans l’image MTV et Youtube, Lady Gaga, copieuse gagatuesque, a au moins eu le mérite de dépoussiérer le champ has-been du vidéo-clip. Fini les bodies qui se trémoussent devant des néons, fâcheuse habitude de la décennie passée, désormais, on revient à des clips inspirés, longs, travaillés comme des métrages de cinéma, avec génériques, effets-spéciaux, histoire... Telephone ou Bad Romance ont changé la donne. D’autres indépendants, dans le hip hop ou la pop rock ont suivi... On se régale aujourd’hui de l’univers du clip vidéo, si vaste, peut-être plus qu’il ne l’a jamais été.
Avec Give me all your luvin’, Madonna avait la possibilité de se démarquer de la nouvelle génération et de présenter au moins un monument du vidéo-clip. Mais, tourné en 3 jours au début du mois de décembre, quasiment à l’improviste (on imagine les efforts de préparation, très personnel le projet !), le sentiment de lassitude est encore là, tant la mise en scène manque de créativité. On sent le potentiel, mais si vite mis en boîte, on ne parvient jamais à la cheville d’un Fincher période express Yourself.
Tentative à moitié raté d’offrir de la fraicheur dans un bain de couleurs criardes, le clip, à l’image de celui de Four Minutes, montre une Madonna increvable qui poursuit son chemin malgré une armée d’obstacles. Porte ou voiture sur son passage, fusillade... Elle casse tout et rien ne l’arrête. L’idée n’est pas mauvaise en soi, et, de la citation d’un joueur de football américain qui ouvre le clip jusqu’à l’explosion finale, l’utilisation du background sportif est même bien intégrée. On aime également beaucoup le fait que la madone ne cherche pas à jouer à la majorette (elle, c’est la star, elle laisse cela aux autres, elle a passé l’âge). Sa coupe de cheveux, son assurance sont celles d’une femme, d’une vraie. Et visiblement, toutes ses interviews audiovisuelles le montrent, même botoxée comme toutes les quinquagénaires à pognon du show-biz, elle n’est pas là pour jouer à l’ado. Mais alors, pourquoi un sentiment de déception ?
Peut-être parce que, outre qu’on ne saisit toujours pas l’intérêt de la soupe musicale servie par la chanson, la vidéo est franchement mal fichue ! Le montage est paresseux, il manque de fluidité pour passer d’un univers à un autre (avec les effets spéciaux numériques actuels, c’est même surprenant). Il insère des plans de Madonna chantant qui gâchent toute la progression irrésistible de la femme fatale. Si Madonna est drôle dans un second degré assumé (déguisée en Marilyn dans un bar de science-fiction), voir subversif (comment elle jette le bébé, à la fin, ou le landau au début !), il manque l’étincelle qui nous fera jubiler. La star n’a aucune chorégraphie (!).Un instant, on la voit même peiner à se mouvoir dans le chemin frayé par les footballeurs (ça, cela se coupe au montage, messieurs). Et à la fin, alors qu’on s’attend vraiment à une apothéose avec un massacre de footballeurs, la chanteuse se contente d’arracher une petite tête pour une petite passe. Ce n’est pas cela qui va lui redonner l’avantage sur ses concurrentes actuelles qui se revendiquent toutes d’elle. Malheureusement.

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Frédéric Mignard




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