Accueil > Les réalisateurs > K > Kümel, Harry > Malpertuis - la critique

Malpertuis - la critique

Chaudron infernal

Acheter sur Priceminister

- Durée : 1h58mn (version directors cut flamande)
- Durée : 1h40mn (version Cannes 1972)

Kitsch, boursoufflé et indiscutablement fascinant, Malpertuis est un objet bancal et inclassable, riche en plans d’une beauté stupéfiante.

L’argument : Dans la demeure de Malpertuis, Cassave, vieillard fabuleux, retient enfermés les dieux de l’Olympe incarnés dans des figures humaines.

Notre avis : En 1971, Harry Kümel avait à son actif une remarquable série de réalisations produites par la télévision belge, la BRT, tels que De grafbewaker d’après Kafka, et Les lêvres rouges (1970), film d’horreur kitsch rapidement culte, où Delphine Seyrig incarnait la légendaire comtesse Bathory, lui avait assuré un début de notoriété.
Malpertuis, adapté d’un roman fantastique de Jean Ray, sera sa seule expérience dans le domaine de la grosse coproduction internationale. Une expérience douloureuse dont il aura du mal à se remettre, tant le tournage fut éprouvant, notamment en raison des caprices d’Orson Welles, et le montage de l’édition internationale échappant à son contrôle. Sa version directors cut, sortira finalement en Flandres en 1973. C’est assurément la version de référence même si la plupart des interprètes y sont doublés. Elle est désormais disponible en DVD, couplée avec la version cannoise qu’il renia.
Ce conte fantastique aux retournements de situation spectaculaires mais un peu fastidieux, variation sur le thème de la demeure hantée qui emprisonne ses habitants, souffre de sa longueur excessive et de l’emphase qui caractérise par moments la mise en scène et la direction d’acteurs.
Pourtant Kümel et son chef-opérateur Gerry Fisher ont su capter la poésie de nombreux lieux très suggestifs filmés en extérieur à Gand, Bruges ou Ostende et créer en studio un univers visuel fascinant qui clame haut et fort ses influences picturales (les symbolistes belges, mais surtout James Ensor, en particulier dans les prodigieuses scènes qui se passent dans la chambre du patriarche avec les masques blafards se détachant sur le fond noir et pourpre).
Ce formidable travail de l’image (ainsi que des costumes et des décors) permettra de passer outre le côté souvent boursouflé de Malpertuis et de se laisser séduire par ce film inclassable, riche en plans d’une puissance d’évocation scotchante, tels ceux de l’abbaye en ruine dans les brumes matinales.
Si la plupart des interprètes cabotinent allègrement, on sera sensible au charme diaphane de Matthieu Carrière, ange blond égaré dans ce chaudron infernal, et à l’époustouflante performance de Susan Hampshire dans un triple rôle. Sans oublier de truculents seconds rôles incarnés par des acteurs du cru.
De Harry Kümel on pourra préférer le fantastique plus insidieux du film suivant, le magnifique De komst van Joachim Stiller, mais il serait dommage de passer à côté de Malpertuis, un des monstres superbes de l’histoire du cinéma.

Film disponible en DVD chez Malavida, à la vente sur le site de l’éditeur, Amazon.fr et Fnac.fr. Le test DVD prochainement

Claude Rieffel


Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis