Après avoir mis tout le monde d’accord avec The Social Network, David Fincher revient au thriller et nous livre sa version du best-seller Millenium.
L’argument : Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille.
Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui.
Entre la jeune femme perturbée qui se méfie de tout le monde et le journaliste tenace, un lien de confiance fragile va se nouer tandis qu’ils suivent la piste de plusieurs meurtres. Ils se retrouvent bientôt plongés au cœur des secrets et des haines familiales, des scandales financiers et des crimes les plus barbares…
Notre avis : D’abord, un générique, devenu une véritable marque de fabrique dans le cinéma de Fincher. Peut-être l’un des plus beaux que l’on verra en 2012. Graphiquement incroyable. Un clip étrange où des corps recouverts d’encre noire se mélangent à des câbles de connexion. Sur la reprise d’Immigrant Song (Led Zeppelin), par Trent Reznor et Karen O, ce somptueux générique donne aussi le ton du récit à venir, sulfureux, sombre, voire même dérangeant. Le film n’a pas véritablement commencé, on est déjà scotchés.
Oubliez l’adaptation de Niels Arden Oplev, thriller correct mais sans génie aucun. Celle de David Fincher apparaît d’une toute autre tenue. Qu’il s’agisse de la photographie (fabuleuse), de la musique (Trent Reznor, aujourd’hui indissociable du réalisateur de Panic Room) mais aussi, et surtout, de la mise en scène. Cette dernière, dans la lignée de The Social Network, fait preuve d’une élégance rare. On a répété combien la caméra de Fincher s’était assagie. A raison. Et pourtant, jamais sa mise en scène n’a semblé aussi virtuose. Une virtuosité, jouant beaucoup moins sur les effets (même si elle collait parfaitement au sujet dans Fight Club), mais qui repose sur une maîtrise totale du média. Il faut voir comme en un cadre, le cinéaste instille la terreur ou le malaise. Une scène notamment, éprouvante, montre tout son talent. Il y trouve la bonne distance via un travelling arrière sur la porte d’une chambre, qui en dit plus que si la caméra était restée à l’intérieur de la pièce.
Comme dans Se7en et encore plus dans Zodiac, Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes s’intéresse davantage à l’obsession des personnages qu’à l’enquête en elle-même. A tel point que sa résolution se révèle presque expédiée. Ce qui importe ici, c’est pourquoi les personnages se retrouvent impliqués dans cette affaire, pourquoi ils choisissent de s’y intéresser. Et si le film semble en apparence être l’un des moins personnels de l’auteur, on se rend pourtant compte qu’il est traversé de plusieurs de ses thématiques. Mikael Blomkvist rappelle ainsi Robert Graysmith (le dessinateur de presse de Zodiac), même obstination, même goût de la vérité alors que pour Lisbeth Salander, personnage ambigu absolument fascinant, l’enquête agit comme une sorte de catharsis. C’est peut-être le plus beau personnage féminin de toute la filmographie du réalisateur américain (ce dernier s’imposant de film en film comme un véritable cinéaste féministe). Il s’inscrit en tout cas dans la droite lignée de ses héroïnes, des femmes fortes et déterminées, masquant une fragilité évidente. Chez Fincher, « la femme est l’objet d’un combat, et elle doit le mener jusqu’au bout pour survivre. Mais surtout, elle est seule dans sa lutte », comme l’explique Dominique Legrand dans son livre David Fincher, explorateur de nos angoisses. Magnétique et repoussante, Lisbeth reste un personnage insaisissable, solitaire, qui finit par se livrer un peu aux côtés de Mikael. La relation entre les deux n’est d’ailleurs pas loin d’être émouvante dans la manière dont Fincher, par petites touches, montre l’attachement progressif de la jeune femme pour le journaliste. Magnifiquement interprétée par Rooney Mara, sa performance mérite à elle seule le déplacement (Daniel Craig s’en sort aussi remarquablement et toute l’interprétation se montre de qualité, comme d’habitude dans les films de Fincher, directeur d’acteurs exigeant sachant tirer le meilleur de ses comédiens). Si on ignore encore si le réalisateur s’attaquera à l’adaptation des deux prochains tomes (ce premier volet se suffit par ailleurs à lui-même), il est sûr qu’on prendrait plaisir à retrouver ce très beau personnage. Véritable diamant noir d’un film pas moins brillant.

L’électron libre de la production hollywoodienne actuelle.
Davantage qu’une adaptation ou même un simple film policier, Millénium est un drame haletant et d’une intensité psychologique rare, qui n’est pas sans rappeler les grands modèles du genre. On pense souvent au Silence des Agneaux, pour le côté "Clarice Starling" de l’héroïne, ou pour la construction dramatique qui s’achemine peu à peu, de façon concentrique, vers le lieu du crime (en sous-sol). La violence surgit à l’endroit où on l’attend peut-être le moins, dans les lieux de l’intime, dans les trauma que l’on s’efforce (...)
Par Frédéric Mignard
L’intrigue policière est un peu lassante, avec ses rebondissements évidents, mais l’approche psychologique du personnage féminin principal et surtout l’irrésistible photographie/montage/mise en scène de Fincher nous convainc toujours autant. Attention au générique, c’est indéniablement le plus beau de l’année !