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Mulholland Drive - la critique

Film culte

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Note moyenne des internautes :

- Durée : 2h26mn

Mulholland Drive est un film puzzle qui suit le narrateur dans ses déambulations mentales. Le cinéaste manie avec talent (et un rien de suffisance) les thèmes qui lui sont chers.

L’argument : Scindé en deux parties bien distinctes, paraboles sur l’art et le pouvoir des médias, Mulholland Drive est avant tout une vision cauchemardesque du rêve américain perverti par l’ambition. Betty, jeune provinciale, débarque à Los Angeles afin de participer à un casting. Elle croise la route de Rita, jeune femme énigmatique et amnésique, qui s’était réfugiée par hasard dans l’appartement où Betty devait loger. Toutes deux vont se lier d’amitié et lutter ensemble afin de reconstituer l’histoire de Rita. Une multitude d’autres personnages vont croiser les deux femmes.

Notre avis : La complexité de l’histoire (dont plusieurs indices nous laissent entrevoir l’irréalité) est relative. Il s’agit de la lutte contre le Mal, qui finit par pervertir le monde et l’esprit de la pure Betty. Cette deuxième partie prend tout son sens après une longue plongée dans une boîte bleue, pièce clé du film, symbole de la boîte noire du cerveau de Betty. On s’aperçoit alors que tout, jusqu’à présent, n’était qu’une représentation inconsciente de la pensée onirique de la jeune fille. Cette apprentie actrice est la frustrante réalité de l’idéale Betty de la première partie. L’innocence et la fidélité les caractérisent toutes les deux, mais quand la première réussit à garder l’amour de Rita, à la protéger, ou encore à rester intègre face au monde du cinéma, la seconde échoue et tombe dans une détresse qui la poussera au crime et au suicide.
Tout ici est double : le rêve américain et son envers, la blonde et la brune, l’innocence et la corruption, les maisons aux belles façades et leur mur arrière décrépi. Il y a encore et surtout le fantasme, l’idéal rêvé, et la réalité qui n’est que frustration et infidélité. Betty espérait une relation parfaite, mais elle ne peut s’inscrire que dans un rapport vampirique dans lequel elle atteindra son but aux dépens de sa victime. Betty finit par choisir la mort de Rita, tuant ainsi une part d’elle-même et s’enlevant tout désir de vivre.
Réflexion sur l’art et ses illusions, ainsi que sur la condition de l’artiste, le film montre la nécessaire anthropophagie du comédien obligé d’assimiler le monde qui l’entoure et la vie des autres pour faire exister son personnage.
Afin d’illustrer son propos, David Lynch évoque deux œuvres maîtresses. Persona d’Ingmar Bergmann, à qui il emprunte le thème du double et de l’échange de personnalité, et Sunset Boulevard, de Billy Wilder, qui évoquait déjà l’univers du cinéma, son arrivisme et sa folie. Le film devait être à l’origine une série télévisée de plusieurs épisodes. Contraint de faire des coupes sévères, le cinéaste nous arrache trop vite à cet univers envoûtant. La virtuosité de David Lynch et l’étrangeté de son univers sont bien là, mais le mystère s’évente un peu et nous laisse l’amertume de la frustration.

Marc Pracisnore


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