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My little Princess - la critique

My little Princess, c’est ma fille, ma Bataille

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Note moyenne des internautes :

A l’occasion d’une première réalisation intrigante et prometteuse, Eva Ionesco évoque le climat trouble de perversion, d’érotisme et de démence auquel sa mère décadente l’a confrontée dès le plus jeune âge, dans les années 70.

L’argument : Hannah et Violetta forment un couple hors du commun : Mère insaisissable et fillette en quête d’amour maternel, artiste fantasque et modèle malgré elle. Lorsqu’Hannah demande à sa fille si elle veut être son modèle, tout bascule dans la vie de Violetta qui vivait jusque là avec sa tendre grand mère. D’une enfance banale elle devient égérie du milieu branché parisien ...

Notre avis : Eva Ionesco était une enfant star, malgré elle, dans le microcosme culturel parisien des années 70, à cause de son excentrique de mère, la photographe d’origine roumaine Irina Ionesco. La comédienne, alors pré-pubère, posait nue, de manière lascive, face à l’objectif d’une mère artiste qui voulait repousser les tabous par la transgression. Des clichés érotiques douloureux pour la comédienne décalée qui bataille aujourd’hui pour les faire interdire alors que sa mère, aujourd’hui âgée de près de 80 ans, les exploite toujours commercialement sur internet. La jeune fille avait même simulé à 11 ans des actes sexuels dans un film érotico-bucolique notoire, Jeux interdits de l’adolescence (Maladolescenza), une oeuvre déshabillée, entièrement consacrée à l’initiation sexuelle d’une pré-ado. Cette période scandaleuse de la vie de l’enfant Ionesco fait aujourd’hui l’objet d’un premier long-métrage réalisé par la Eva Ionesco elle-même.
Dans My Little princess, il est donc question d’exploitation de la femme. Celle-ci est ici d’autant plus révoltante qu’elle est le fruit d’une violence imposée par une mère sur son enfant, mineure ! Tous les sacrilèges propres aux élucubrations de Georges Bataille, sont ici érigés en modèle de vie anticonformiste par la matriarche démente et destructrice jouée par Isabelle Huppert. Qui d’autre qu’elle pouvait incarner avec autant de classe et de pouvoir de séduction, la perversité, l’excentricité maladive et les blessures à vif ? La comédienne retrouve les personnages scandaleux de Ma mère de Christophe Honoré d’après Bataille ou encore de La pianiste d’Haneke... La Huppert a toujours été à l’aise avec ces personnages complaisant dans la sexualité malsaine et morbide, en leur prêtant les traits d’un visage insondable. Dans un rôle de femme brisée depuis l’enfance par des drames familiaux qui l’ont anéantie pour la vie, elle incarne la méchanceté aiguë d’une mère qui ne s’interdit pas la destruction de sa propre fille pour satisfaire son inlassable goût pour l’autodestruction.
Face à elle, une enfant d’une dizaine d’années, également d’origine roumaine, a la lourde tâche d’interpréter le jeune modèle exposé à la monstruosité et au vice. On sent la difficulté de la réalisatrice à essayer de retranscrire les faits scabreux de son enfance tout en essayant de ne pas sacrifier la jeune comédienne sur le même autel du scandale et de l’impudeur. Vu les propos tenus par la jeune fille dans le film et le contexte toujours très délicat (voir la scène où Huppert est prête à vendre son enfant à un dandy britannique pour l’art et surtout 5.000 livres sterling !), la pertinence de la démarche est discutable. Peut-on, même à des fins artistico-thérapeutiques, qui sont probablement celles d’Eva Ionesco, confronter une jeune fille de 10 ans à pareil déballage de ténèbres ? Le film relancera la polémique, peut-être bien contre lui-même.
Dans tous les cas, My little princess, présenté à la Semaine de la critique Cannes 2011, à l’occasion d’une séance spéciale 50e anniversaire, ne cherche pas ouvertement à reculer les limites de la provocation, comme ce fut le cas avec les deux films avec Isabelle Huppert cités plus haut. Le malaise pour l’adulte y est plus diffus, l’approche ici étant moins outrancière. Le ton est même parfois celui de la comédie, à travers les accoutrements de la mère, vivant sur une autre planète (voir la réaction de l’assistante sociale chargée de mener une enquête, lorsqu’elle découvre l’appartement-atelier de la maman photographe). On suit donc sans trop de répréhension cette histoire vraie qui prend aujourd’hui, après vingt ans de conservatisme galopant, des allures de conte régressif complètement surréaliste, accentué par les efforts de mise en scène et l’incroyable composition des décors.
La liberté d’expression des années 70, au paroxysme du mauvais goût, est bien morte, comme l’illustre précieusement ce témoignage d’une époque révolue, à peine diminué par quelques menus défauts de premier film. On attend donc la suite. Eva Ionesco évoque un deuxième volet biographique sur ses années 80 au Palace qui pourrait être plus joyeux. On sera de la partie.

a

Frédéric Mignard


Les avis des internautes

 

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