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Not of this earth - la critique

Le vampire de l’espace

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Grâce à un scénario intelligent qui contourne avec habileté le manque de moyens alloués, ce film de SF s’impose comme une des meilleures séries B des années 50.

L’argument : Un agent extra-terrestre est envoyé sur Terre depuis la planète Davana. Il doit amasser beaucoup de sang humain pour les besoins de sa race, mourante, depuis une guerre nucléaire.

Notre avis : Alors qu’il enchaîne à une vitesse effrénée les tournages de séries B, voire Z, le jeune cinéaste Roger Corman se voit confier un budget absolument ridicule (on parle d’à peine 100 000 dollars) pour emballer un film de SF racontant la tentative d’invasion du monde par une créature extra-terrestre. Alors qu’il n’hésite pas d’ordinaire à avoir recours à des effets spéciaux foireux pour tourner quelques séquences à visée spectaculaire, Corman choisit avec Not of this earth (1957) la sobriété et la modestie. Bien lui en a pris puisqu’il signe avec ce micro-budget son meilleur film des années 50. Là où d’autres cinéastes auraient joué la carte de l’esbroufe, Corman opte pour une approche volontairement minimaliste. Ainsi, son personnage extra-terrestre n’est rien d’autre qu’un homme de la rue habillé en costume cravate portant des lunettes noires et une mallette qui dissimule un étrange appareil. Malgré cette économie maximale, l’acteur Paul Birch arrive sans problème à nous convaincre de l’origine extra-terrestre de son personnage et dégage même une réelle puissance anxiogène. En situant son film dans de banales maisons d’une quelconque banlieue américaine, Corman parvient à faire ressentir l’imminence de la menace, alors même que nous ne verrons jamais les êtres qui tentent de nous coloniser.
Toutefois, Not of this earth ne serait pas une vraie réussite sans l’excellent scénario de Charles Griffith et Mark Hanna qui ont finalement imprimé un caractère horrifique à cette banale histoire de SF. Ainsi, le personnage central n’est rien d’autre qu’un vampire extra-terrestre qui doit se nourrir de sang humain pour pouvoir survivre. Hanté par la même malédiction que les suceurs de sang traditionnels, notre alien n’est finalement rien d’autre qu’un personnage tragique. Envoyé en mission suicide par son peuple mourant, il est condamné d’avance et tente simplement d’accomplir sa mission du mieux qu’il peut. Les auteurs insistent d’ailleurs sur ses difficultés d’adaptation dans un monde qui lui est étranger (certains sons le paralysent, ce qui finira par le perdre). Parsemé d’excellentes idées (le four crématoire dans la cave fait son petit effet) et globalement moins schématique que la plupart des films de SF de l’époque qui stigmatisaient systématiquement l’étranger dans un élan d’anticommunisme primaire, cette toute petite série B qui avait tout pour rejoindre l’interminable cohorte des médiocres bandes de drive-in est tout bonnement l’un des meilleurs films de SF de cette époque, et ceci en toute simplicité. A noter que le film fut distribué à la fin des années 50 en double programme avec Attack of the Crab Monsters, véritable nanar également réalisé par Corman. Celui-ci ne pouvait pas réussir à tous les coups.

Ce film est disponible dans un luxueux coffret édité par Artus Films sous le titre Les monstres viennent de l’espace :

Virgile Dumez




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