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Orange mécanique - la critique

Goûtez au fruit défendu

Note moyenne des internautes :


- Durée : 2h16mn
- Titre original : A clockwork orange
- Année de production : 1971
- Interdit aux moins de 16 ans

Dérangeant, corrosif et violemment subversif, ce monument du cinéma des années 70 garde encore aujourd’hui son parfum de scandale grâce à un enchaînement ininterrompu de scènes cultes. A ne pas mettre devant tous les yeux.

L’argument : Au XXIème siècle, où règnent la violence et le sexe, Alex, jeune chef de bande, exerce avec sadisme une terreur aveugle. Après son emprisonnement, des psychanalystes l’emploient comme cobaye dans des expériences destinées à juguler la criminalité...

Notre avis : Au cours des années 60, Stanley Kubrick découvre le mythique livre d’Anthony Burgess intitulé Orange mécanique, une oeuvre sulfureuse au parfum de scandale écrite dans un langage étrange mélangeant l’anglais, des rudiments de russe ancien et d’autres dialectes, rendant la lecture ardue. Kubrick se concentre sur d’autres projets avant de se lancer un véritable challenge à la fin des années 60 : réitérer son coup de génie de Lolita en transposant avec succès un livre a priori inadaptable. Il commande alors un scénario à l’auteur, mais peu satisfait du résultat final, décide de suivre à la lettre le livre d’origine. Disposant d’un budget assez modeste, le réalisateur, respecté dans le monde entier, obtient de la Warner un contrôle total sur le résultat final. Capitalisant sur le relachement de la censure, Kubrick compte bien marquer l’histoire du cinéma en évoquant la délinquance, les dérives d’une société ultraviolente, ainsi que la sexualité débridée des jeunes en bouleversant tous les tabous.
Grand formaliste devant l’éternel, il porte un soin maniaque à la photographie et à l’utilisation d’une mémorable bande-son. Celle-ci sert à tout moment de contre-point aux terribles images qui déferlent devant nous, créant ainsi un effet humoristique salvateur. Cette ironie sous-jacente n’a d’ailleurs pas toujours été comprise à l’époque de sa sortie puisque de nombreux critiques accusèrent alors le cinéaste d’avoir donné un visage séduisant à la violence. En réalité, la subversion d’Orange mécanique est bien plus profonde que cela : grâce à une structure narrative parfaitement symétrique - comme la plupart des plans d’ailleurs - Kubrick oppose la violence des jeunes des banlieues (une anticipation particulièrement juste) à la répression de l’Etat. Insistant sur la relativité de toute morale, le maître démontre que toute forme de violence faite à autrui est condamnable, que ce soit le défoulement anarchique de jeunes désoeuvrés ou l’acharnement répressif d’un Etat sécuritaire se réfugiant derrière le paravent de la loi pour satisfaire ses bas instincts. La dernière scène, totalement jouissive, insiste également sur l’influence majeure des médias, ainsi que la fourberie des hommes politiques, prêts à pactiser avec le diable pour remonter dans les sondages d’opinion.
Véritable brûlot, Orange mécanique ne serait rien sans l’interprétation magistrale de Malcolm McDowell. A la fois inquiétant, terrifiant et séduisant, il porte sur ses épaules l’intégralité du métrage. Découvert dans l’anarchiste If (1969) de Lindsay Anderson, le jeune homme est tellement imprégné de son rôle qu’il en restera marqué à vie. On lui doit la paternité de la formidable séquence culte où il tabasse un vieil écrivain en chantant Singing in the rain. Pour rendre compte de la puissance d’évocation de ce chef d’oeuvre, il faudrait citer chaque scène tant elles ont marqué les consciences. Si la violence est très stylisée, elle en demeure toujours efficace grâce à un montage qui optimise chaque situation afin de la pousser dans ses derniers retranchements. Accusé à l’époque d’être responsable d’une recrudescence de la violence en Angleterre, menacé de mort par des fous furieux et des moralisateurs de tous poils, Stanley Kubrick décida de retirer deux ans plus tard son film de la circulation en Grande-Bretagne où il n’est réapparu que bien des années après en DVD. Malgré ces problèmes, Orange mécanique garde son aura culte depuis plus de vingt-cinq ans, preuve supplémentaire de l’incroyable impact d’un métrage novateur, fascinant et toujours d’actualité, malgré une esthétique seventies très datée.

Virgile Dumez

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Les avis des internautes

 

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Par Sébastien Schreurs

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