Durée : 1h39mn
Un film de prison de femmes des années 80, très daté dans la forme et le jeu des comédiennes, qui s’éloigne de la série B d’exploitation pour privilégier le carcan du cinéma d’auteur. Pas inintéressant.
L’argument : Centrales de Rennes : contraintes à vivre dans la promiscuité, elles sont des centaines avec, chacune, son histoire, ses errances, ses petites victoires et surtout sa révolte. Les rapports de force primitifs entretiennent une hiérarchie avec ses exclues ou ses privilégiées. La découverte de trois sachets d’héroïne dans ses affaires va mettre le feu aux poudres dans la prison...
Notre avis : Après le succès d’estime de Louise l’insoumise (10 semaines à l’affiche à Paris dans un petit circuit), Charlotte Silvera revient au cinéma en 1988 avec un WIP, ou film de prison de femmes, qui était pour mémoire un genre salace très à la mode chez les Américains et les Italiens pendant les années 70 et 80. Toutefois, au lieu de s’adonner aux clichés putassiers des séries B de l’époque, l’ancienne documentariste préfère se livrer à un exercice plus personnel destiné à défendre des idées sociales sur la femme, la liberté, les conditions de détention et tous les thèmes qui lui sont chers, comme l’élévation par le savoir des classes défavorisées. De biens nobles intentions qui lui valent alors l’engagement d’un casting féminin hétéroclite de première catégorie. Pêle-mêle, elle enferme dans ses geôles Annie Girardot en fin de star-system, Marie-Christine Barrault, habituée au cinéma bourgeois, mais soudainement promue féroce directrice du quartier de femmes, des starlettes montantes qui n’auront jamais confirmé en salles (Agnès Soral et Fanny Bastien, au jeu fragile, devenues depuis d’éternels seconds rôles), la chanteuse italienne Milva, Corinne Touzet au ton - déjà -télévisuel, et surtout Bernadette Lafont en souffre-douleur des dites Prisonnières. Cette dernière, pour le coup, livre une interprétation bien plus convaincante que ses covedettes.
Guère aidée par le manque de finesse de la plupart des comédiennes, l’auteur parvient pourtant à éviter l’écueil du navet eighties grâce à la force de son regard. Sa caméra investit avec un réel talent visuel les murs d’un centre d’emprisonnement, soigneusement reconstitué, et s’insinue avec sensibilité dans les souffrances quotidiennes de ces femmes incarcérées. Pour plus de réalisme, la cinéaste visiblement bien documentée, a évité tout maniérisme formel et s’interdit le manichéisme d’usage. Même si on n’y croit pas toujours (le coup de foudre lesbien de Touzet pour le personnage de Milva sonne faux), le spectacle se suit avec un certain intérêt grâce à l’humanité de Charlotte Silvera, qui sauve ses condamnées, pourtant présentées à travers des actes viles et furieux, se préoccupant essentiellement de leurs conditions de vie aliénantes et de leur éventuelle réinsertion. Au final, si Prisonnières est empreint de moult des maladresses d’une décennie peu subtile (un côté bis subsiste), il n’en demeure pas moins, vingt ans après sa sortie et son flop notoire dans les salles de Navarre, une réflexion intéressante sur le système carcéral des années 80. Depuis, si on est parvenu à se débarrasser de certaines de ses accommodations, il sonne néanmoins toujours cruellement d’actualité par bien des aspects.
Le DVD

Une édition assez piteuse d’un film rare, sauvée in extremis par un bonus essentiel.
Les suppléments
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Comment peut-on oser éditer un DVD avec pareil design ? Alors que l’affiche cinéma d’époque, dessinée, offrait au film du style et un point de vue artistique, la jaquette, parmi les plus hideuses du moment, détourne le chaland de sa mission d’achat en rabaissant l’honnête film de Silvera au rang de navet ou de téléfilm. Heureusement, l’unique supplément proposé, une longue interview contemporaine de personnalités diverses et notamment d’une partie du casting vingt ans après, ainsi que de la cinéaste, rachète partiellement ce faux-pas en offrant pendant près de trente et riches minutes de nombreuses anecdotes et un regard tendre sur cette œuvre d’époque que tout le monde semble encore chérir.
Image & son
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On n’est pas très loin de la VHS améliorée. La définition grossière de l’image, aux imperfections multiples, est accompagnée d’une piste mono faiblarde. Alors qu’aujourd’hui, le support DVD s’oriente vers toujours plus de perfection, il y a de quoi rester dubitatif face à pareil master qui évoque un budget de distribution extrêmement serré.
