Durée : 2h05mn
Détournant une intrigue de polar traditionnelle, Lucas Belvaux signe un très joli film à la fois psychologique et intimiste. Pour amateurs d’écriture fine et de scénarios ciselés.
L’argument : Homme d’industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble par un commando de truands.
Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c’est par la dignité qu’il répond à la barbarie.
Coupé du monde, ne recevant que des bribes d’informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait.
Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu’il avait réussi à garder d’intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l’enquête de police ou celle de la presse.

Notre avis : Après avoir utilisé le film noir pour donner un point de vue sur la situation sociale des ouvriers dans son magnifique La raison du plus faible, Lucas Belvaux nous revient avec une nouvelle œuvre qui emprunte une voie balisée pour mieux en détourner le sens. Ainsi, le rapt inspiré de l’affaire du baron Empain datant de 1978, n’est qu’un prétexte afin de sonder le caractère d’un personnage tout en haut de l’échelle sociale en début de projection, avant qu’il ne descende une à une les marches du succès pour finalement s’apercevoir que son pouvoir n’était qu’apparent. Plongeant sa caméra chez les nantis, en l’occurrence un grand patron d’industrie, Belvaux ne se fait aucunement juge de cette position dominante. Son but n’est pas de dénoncer les errances du pouvoir, mais plutôt l’instrumentalisation des êtres par les institutions sensées les protéger. Une fois enlevé par des ravisseurs fort peu sympathiques et aux motivations uniquement pécunières, le grand patron n’est plus qu’un homme comme un autre, avec ses doutes, ses zones d’ombre et ses faiblesses. Abandonné par son entourage, il se rend compte par le biais de cette épreuve que toute sa vie ne fut qu’une vaste plaisanterie, un leurre social où chacun joue son rôle, sans s’impliquer émotionnellement.

Grâce à quelques séquences de filatures efficaces, le cinéaste parvient à maintenir l’intérêt du spectateur, alors qu’aucun rebondissement spectaculaire n’est au programme. En réalité, le métrage se resserre peu à peu sur le personnage incarné avec maestria par Yvan Attal. Très convaincant en capitaine d’industrie, l’acteur nous propose une prestation remarquable lors des séquences de captivité, avant de nous emporter totalement dans la dernière partie du métrage. Avec une vingtaine de kilos en moins, le comédien porte tout le poids de sa détention sur les épaules. Il apparaît fatigué et usé par l’existence, en totale symbiose avec la psychologie de cet homme qui découvre qu’il est en réalité seul dans l’existence. Totalement habité par son personnage, Attal confirme tout le bien que l’on pensait de lui. Moins polar qu’étude psychologique, Rapt en profite également pour décrire une société minée par le culte de l’argent et de l’entreprise au détriment de l’individu et du travailleur. La force du métrage est de démontrer que dans un tel système, tout le monde peut perdre ce qu’il a en quelques secondes. Lucas Belvaux prouve donc une fois de plus ses qualités d’écriture et l’acuité de son regard. Nous, on est preneurs.

Par Frédéric Mignard
Un thriller passionnant qui jette un regard remarquable sur le pouvoir et sur l’humain en général. Yvan Attal compose l’un de ses plus beaux rôles, parmi ceux qui marquent une carrière.
Une réussite ! Une de plus pour Lucas Belvaux, après La raison du plus faible et sa fameuse trilogie trans-genre. Pas vraiment convaincant au début (le jeu des acteurs...), le film s’installe dans une durée idoine et gagne en ampleur, en profondeur. L’ambiguité apportée aux rapports humains (les kidnappeurs, les associés, la famille : tous des bourreaux) renforce la solitude de Stanislas et esquisse le portrait maîtrisé d’un être humain cerné par les rapaces, ni héros ni salaud. La seconde partie (le retour au bercail) est encore plus passionnante que la première et se (...)
Par Norman06
Mêlant virtuosité du polar, étude socio-politique et tragédie familiale, Lucas Belvaux signe une œuvre majeure du cinéma français, passionnante de bout en bout, en offrant à Yvan Attal (futur César de l’acteur ?) son meilleur rôle à l’écran.